‹ Esquisse d'une philosophie des sciencesChapitre 17 sur 71 · L'induction · texte numérisé non relu

L'induction

Nous avons examiné plus haut l'inférence donnée sous cette forme : parce qui! en a été de telle façon jusquiciyf attends qu'il en soit de même dans V avenir ; c'est grâce à cette forme que toute science s'est constituée et a acquis son contenu réel, c'est-à-dire sa valeur pour la détermination de l'avenir. On l'appelle Vinférence par induction, et Ton donne aux sciences où elle est appliquée d'une façon prépondérante le nom de sciences inductiues ; ce sont d'ailleurs celles que l'on appelle également sciences expérimentales ou empiriques. Celte dénomination repose sur l'idée qu'il y aurait d'autres types, les sciences déductives ou rationnelles, où l'on appliquerait une méthode contraire de raisonnement : de propositions généralement et a priori valables on y tirerait, par un procédé d'inférence absolument sûr, des conclusions qui seraient de même absolument valables. Actuellement, cependant, l'idée inverse fait son chemin : on reconnaît que les sciences déductives doivent abandonner l'une après l'autre de telles prétentions et môme y ont déjà en partie renoncé. C'est que, si l'on met une attention suffisante, on voit en elles des sciences inductives; et aussi, pour un certain nombre d'entre elles, il faut cesser de revendiquer le droit de tenir leur place parmi les sciences. Cette dernière idée doit s'appliquer tout

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spécialcnuMit j!i ces domaines de connaissance qui n'ont pu ou ne peuvent fournir un apport à la prédétermination de l'avenir.

Revenons à la méthode inductive : il est à remarquer quArislote, qui la décrivit pour la première fois, proposait deux modes d'induction : l'induction parfaite et l'induction imparfaite. La première s'exprime ainsi : puisque toutes les choses d'une certaine espèce se comportent de telle façon, chacune isolément se comporte de cette façon. Au contraire, l'induction imparfaite énonce ceci : puisque beaucoup de choses d'une certaine espèce se comportent de telle façon, probablement toutes les choses de cette espèce se comportent de cette façon. On reconnaît tout de suite que ces deux manières d'inférence sont d'une nature tout à fait différente. La première donne le droit d'énoncer une conséquence absolument certaine. Mais elle repose sur l'hypothèse que l'on connaît toutes les choses de l'espèce en question et que l'on a expérimenté leur façon d'être. Cette hypothèse est généralement irréalisable, puisque l'on ne peut jamais prouver qu'il n'y a pas de choses d'une certaine espèce, en dehors de celles que Ton a connues et expérimentées. En outre, l'inférence est superflue: elle ne fait que reprendre, en effet, une connaissance à laquelle on était déjà arrivé directement, puisque l'on a fait l'expérience de toutes les choses de cette espèce : on a donc expérimenté en particulier celle à laquelle se rapporte l'énoncé. Au contraire, l'induction /mpar/'a/Ze énonce quelque chose qui n'a pas encore été expérimenté ; elle permet ainsi à notre connaissance de prendre une extension, qui peut être parfois extraordinairement importante. Sans doute, elle doit par là abandonner toute prétention à une valeur inconditionnée ou

absolue. Mais, en revanche, elle acquiert le privilège sans équivalent de pouvoir aboutir à une action. Ainsi, conformément à la pratique scientifique, expérimentalement justifiée,, qui a été décrite pages 29- 30, l'inférence scientifique par induction prend cette forme : parce que cela a été une fois trouvé, cela le sera toujours. — Nous établissons ainsi, du même coup, ce que vaut cette méthode pour accroître l'étendue de la science; sans ce principe, le progrès demanderait un temps incomparablement plus long.

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