‹ Esquisse d'une philosophie des sciencesChapitre 24 sur 71 · I. Sciences formelles · texte numérisé non relu

I. Sciences formelles

Logique ou théorie de la complexité.

Mathématiques ou théorie des grandeurs.

Géométrie ou théorie de l'espace.

Phoronomie ou théorie du mouvement.

Mécanique.

Physique.

Chimie.

Physiologie.

Psychologie.

Sociologie.

Nous parlons d'abord, on le voit, de trois grands groupes, sciences formelles, sciences physiques, et sciences biologiques. Les premières traitent des propriétés qui appartiennent à toute espèce de faits et par suite sont à considérer partout où il s'agit d'une organisation consciente de la vie, c'est-à-dire de science, dans le sens le plus large du mot. Nous dirons nettement, pour nous opposer tout de suite à une erreur très répandue, que ces sciences doivent être comprises comme expérimentales, ou empiriques, de même que celles des deux groupes suivants, pour lesquelles cela est hors de doute. Mais les concepts traités dans ces sciences sont excessivement généraux; les expériences correspondantes sont les plus fréquentes: aussi oublie-t-on facilement

qu'il s'agit bien d'expériences et, parce qu'elles se ressemblent sans exception entre elles, la conscience de cette uniformité se fait prendre pour propriétés innées de l'esprit ou jugements a priori. Cependant, par exemple, on sait que dans certaines parties des mathématiques (dans la théorie des nombres) nous connaissons des lois trouvées empiriquement, que l'on n'a point encore réussi à établir,* déductivement » : ce fait prouve que les mathématiques sont, elles aussi, une science empirique. — Le concept le plus général que ces sciences expriment et qui ait en elles le plus de valeur, c'est celui de coordination ou de fonction : le contenu et la signification en apparaîtront plus tard dans l'examen plus détaillé des sciences particulières.

Dans le second groupe, celui des sciences physiques, le caractère arbitraire de la classification se révèle très clairement, 'parce que ces sciences sont parmi les mieux étudiées. Ainsi onauraitledroit de considérer la mécanique comme une partie de la physique, et, par contre, entre celle-ci et la chimie on pourrait insérer la chimie physique, qui, dans les deux dernières décades, s'est développée soudainement jusqu'à être une science spéciale, étendue et importante.

Le concept le plus général des sciences physiques est celui d'énergie, qui n'apparaît pas encore dans les sciences formelles. Ce n'est pas d'ailleurs un concept fondamental, mais il se caractérise, sans doute possible, comme composé ou plutôt comme complexe.

Le troisième groupe embrasse toutes les relations qui intéressent l'être vivant, et le concept le plus général en est, d'après cela, celui de la vie. — Sous le terme de physiologie on entend l'ensemble de

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sciences traitant des |)liénomèncs vitaux qui n'ont pas un caractère mental ;on comprend ainsi ce qui, sur le chantier actuel de la science — où il n'y a souvent qu'un ordre de hasard — se dénomme botanique, zoologie, et physiologie des plantes, des animaux et de l'homme. — La psychologie est l'étude des pliénomènes de l'esprit, et, comme telle elle ne se limite pas à l'homme, quoique celui-ci, pour de multiples raisons, en revendique la part de beaucoup la plus importante. — La sociologie est enfin l'étude des groupements d'êtres vivants et des phénomènes collectifs qui en résultent. Ici, de même, la science s'étend en principe à tous les vivants, bien qu'encore les phénomènes sociologiques humains présentent de beaucoup le plus grand intérêt.

Il faut particulièrement remarquer, à propos de cette division, que certaines branches, dont on traite dans les Universités et les Instituts techniques de même ordre, n'ont généralement pas trouvé place dans cette systématisation. C'est en vain que l'on y chercherait non seulement la théologie et la jurisprudence, mais encore l'astronomie et la médecine.

Cela s'explique et se justifie ainsi : si l'on veut procéder systématiquement, il faut distinguer entre sciences pures et sciences appliquées. Les sciences pures forment, par la distinction stricte de leurs concepts, une hiérarchie ou gradation régulière, de telle sorte que toujours si des concepts ont été utilités ou si l'on en a traité dans les sciences des pre-

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miers degrés, ils reparaissent dans les suivantes, où de nouveaux concepts, caractéristiques, viennent s'y adjoindre. Ainsi la logique (science de b complexité) exerce sa domination sur l'ensemble des autres sciences, tandis que les concepts spécifiques de la physique et de la chimie n'on^ en rien affaire avec elle, mais par contre sont de première importance pour le groupe des sciences biologiques. Comme les concepts nouveaux (et naturellement empiriques) s'ajoutent ainsi graduellement aux sciences pures, la construction en est rigoureusement soumise aune loi, «t les problèmes proviennent exclusivement de l'application des concepts nouveaux à l'ensemble des précédents. En d'autres termes les questions dans ces sciences ne viennent pas du dehors, mais sortent, par action réciproque, des concepts qu'on y emploie.

Mais à côté, il y a des problèmes qui s'imposent à nous par les circonstances, sans considération de systèmes : je veux parler de ceux qui résultent de la tâche que nous avons d'améliorer la vie et de lutter contre le mal. Dans les problèmes de la vie nous avons à tenir compte de toute la complexité des concepts possibles, et cependant, qu'il s'agisse par exemple de semer le blé ou de guérir une maladie, la nécessité du moment ne nous permet pas d'attendre que la physiologie et toutes les sciences intéressées aient résolu tous les problèmes que posent la croissance des plantes et les transformations de l'énergie ou de la matière du corps humain. Nous utilisons la position des astres pour l'orientation en mer, si d'autres signes nous manquent, et c'est ainsi que nous avons la science des astres ou astronomie comme science appliquée : la mécanique y paraissait d'abord seule intéressée;

THKORir: fiiiNiinAr.K lu: i.a connaissance no

rnsiiile la pliysiquo, ot sp(^,cialemenl l'optiquo, y vint prendre sa pari, et tout récemment ce n'est plus seulement la chimie qui fit son entrée dans la science astronomique; mais même le concept d'évolution, spécifique de la biologie, y a été appliqué avec succès.

11 y a ainsi à coté des sciences pures les sciences appliquées, et celles-ci se distinguent de celles-là par le fait que les problèmes n'y ont pas un développement purement systématique, mais s'y présentent sous l'action extérieure des conditions d'existence de l'humanité. C'est pour cela que presque toutes les sciences pures sont plus ou moins intéressées dans les questions qui se posent pour les sciences appliquées: si l'on construit un pont ou un chemin de Ter, on doit considérer, à côté des problèmes physiques, des problèmes sociologiques (questions commerciales) ; — de même un bon médecin doit être aussi bien psychologue que chimiste.

Ainsi toutes les questions spéciales qui se présentent dans les sciences appliquées se posent en principe comme problèmes de l'une ou de l'autre des sciences pures : c'est pourquoi elles n'ont pas à être énumérées à côté de celles-ci, d'autant plus que le développement en dépend, pour beaucoup, des circonstances; il ne peut donc être soumis à une vue systématique simple.

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