‹ Esquisse d'une philosophie des sciencesChapitre 44 sur 71 · L'ÉTABLISSEME.NT DU RAPPORT FONCTIONNEL · texte numérisé non relu

L'ÉTABLISSEME.NT DU RAPPORT FONCTIONNEL

Nous avons montré antérieurement (cf. p. 35) comment la première position d'un rapport causal, que donne habituellement l'expérience, se rectifie et se travaille à nouveau par la multiplication de cette même expérience. La méthode décrite reposait sur ce fait : on constate les facteurs nécessaires et suffisants du donné, on exclut de la « cause », en les sériant, les différents facteurs dont l'assemblage forme ou peut former le concept ; et d'après le résultat, je veux dire suivant que « l'effet * persiste ou disparaît, on conclut à la nécessité ou à l'inutilité de chaque facteur isolé.

L'application de cette méthode suppose, c'est évident, que l'on a la faculté d'exclure les facteurs un à un. Ce qui est très souvent impossible : alors, à côté de la méthode insuffisante des cas isolés, on introduit la méthode du rapport fonctionnel continu,

susceptible de donner infiniment i)lus de résultats. Voici ce que je veux dire : bien qu'on ne puisse souvent exclure les facteurs un à un, il n'y a pourtant que peu de cas où l'on ne pourrait soit les changer, soit observer les résultats sous la l'ornic de valeurs, spontanément changées, des facteurs. Mais alors nous pouvons énoncer cette proposition : dans un rapport causal, tout fadeur est essentiel lorsquen le changeant on change le donné.

On reconnaît tout de suite qu'il s'agit d'une généralisation de la méthode antérieure, qui était plus rigide. Car exclure un facteur, cela signifie que l'on en réduit la valeur à zéro. Or il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'à cette limite : il suffît d'exercer de manière ou d'autre une action sur le facteur à étudier.

Certes, il faut le dire, nous n'apportons pas alors, dans les résultats, de différenciations par affirmation ou par négation comme plus haut; mais le changement ne s'y fait qu'e/ï partie ; c'est une question de plus ou de moins. L'application de cette méthode demande par suite, on le reconnaîtra, une observation affinée, et spécialement des mesures, des déterminations de valeurs ou de grandeurs. Mais, par contre, il faudra dire aussi que nous avons là un moyen de pénétrer bien plus profondément dans la connaissance des choses. A chaque pas que l'on fait dans le sens d'une exactitude plus grande des mesures, on peut dire que l'on découvre une nouvelle couche de vérités scientifiques, jusque-là inaccessibles.

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