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L'ÉNERGIE CHIMIQUE

Puisque l'énergie chimique n'est qu'une des multiples formes de l'énergie, il ne semble pas que l'on soit en droit d'en faire l'objet d'une science spé ciale, du moment où toutes les autres doivent trouver leur place dans la physique.

Si en réalité la chimie peut se poser et subsistera part, comme une science spéciale, aux divisions multiples déjà, on justifiera ce fait tout extérieurement, d'abord, en disant que cette science prend dans la vie pratique et dans l'industrie une place très étendue, comparable à celle de toute la physique, si môme elle n'est plus grande encore. Ensuite, psychologiquement, les méthodes de pensée et de travail du chimiste se développent avec un caractère tellement différent de celles du physicien, que cela

sullirait à justifier la séparation des deux sciences. Mais il y a surtout, dans les propriétés mêmes de l'énergie chimique, par rapport aux autres espèces, une différence significative.

Tandis que par exemple il n'y a qu'une espèce de chaleur ou d'énergie de mouvement, et que pour l'électricité il n'existe que les deux espèces polariquement opposées, on trouve en chimie, malgré une réduction théorique poussée très loin, au moins soixante-dix espèces, autant que dclémenls chimiques. Expérimentalement, les éléments n'admettent pas de transformations réciproques (i), et cette loi énonce corrélativement qu'il n'y a pas d'échanges entre les diverses espèces de l'énergie chimique, ce qui pose leur indépendance. Aussi en résulte-t-il une complexité de rapports incomparablement plus grande que partout ailleurs, et qui trouve son expression dans les milliers de substances chimiques individualisées ou dans leurs combinaisons.

Comme on a découvert dans les propriétés et les rapports réciproques de ces nombreuses espèces une très grande complexité de faits, sans pouvoir établir autre chose qu'un petit nombre de lois, il en est résulté que la chimie actuelle reste une science descriptive plutôt que rationnelle. On n'a commencé que depuis une vingtaine d'années à faire des essais suivis et sérieux pour appliquer les méthodes plus strictes de la physique à l'investigation chimique. Mais, dans les limites où se sont étendus jusqu'ici ces travaux, ils apportent la preuve qu'il existe des lois riches et compréhensives.

(1) Tout récemment on a observé des transmutations isolées d'éléments, mais sous des rapports tellement spéciaux que provisoirement on peut négliger de prendre en considération ces découvertes à peine encore mises au jour.

L'importance de la chimie pour la vie humaine se rattache à deux catégories de faits. D'abord l'utilisation de l'énergie dans le corps humain (comme chez les autres vivants) repose essentiellement sur la réalisation d'énergies chimiques de diverses formes. Aussi la chimie est-elle de toutes les sciences physiques la plus importante pour la biologie, et particulièrement pour la physiologie. Ensuite Ténergie chimique, comme on l'a déjà souligné plus d'une fois, a la propriété spéciale de se garder très longtemps, sans se changer en d'autres formes et sans se détruire. En même temps, elle se laisse concentrer à un très haut degré. On peut dans un espace donné en emmagasiner plus qu'on ne le fait de toute autre espèce d'énergie.

On verra à bon droit dans ces deux propriétés spéciales les causes pour lesquelles l'énergie chimique représente pour la plus grande part l'élément constitutif des êtres vivants. Il y a là en tout cas la raison pour laquelle on l'utilise comme source primaire de l'énergie dont on a besoin dans l'industrie.

C'est le caractère complexe ~ indiqué ci-dessus — de l'énergie chimique, qui explique la façon toute spéciale dont elle se transforme en d'autres espèces. Pour celles-ci, on n'a besoin de rien faire intervenir d'étranger : on lance une pierre contre un mur, elle perd tout de suite son énergie de mouvement, qui pour la plus grande part se change en chaleur. S'il s'agit de rendre disponible l'énergie chimique^ celle du charbon de terre par exemple, le charbon seul ne suffit plus, mais il doit s'y ajouter une seconde substance chimique, par exemple l'oxygène de l'air. De l'action réciproque de ces deux substances en sort une nouvelle, et tout copro-

cessus est nécessaire pour qu'une partie correspondante d'énergie chimique se trouve disponible. Sans doute, il y a un petit nombre de phénomènes chimiques (transformations allotropiques et isomériques), où une seule substance peut libérer de l'énergie sans le concours d'une autre. Mais la somme d'énergie y est en très petite quantité par rapport à celle qui devient disponible par l'action réciproque de deux ou plusieurs substances. — La complication du processus habituel ne laisse aux transformations d'énergie que peu d'occasions de se produire ; mais c'est justement ce qui explique pourquoi ces substances peuvent se garder si longtemps et si facilement. L'on n'a qu'à empêcher qu'elles soient en contact avec d'autres. Il est vrai que cela paraît impossible à réaliser si on considère la question du point de vue d'une théorie très rigoureuse ; mais en pratique, la solution en est facile, au moins pour des temps si longs, qu'il faut employer des moyens auxiliaires tout spéciaux pour y reconnaître une solution temporaire et non une solution de principe. Pour donner de ce fait une expression scientifique qui l'explique, disons qu'on ne peut théoriquement empêcher la diffusion des différentes substances les unes dans les autres, mais que par contre, cette diffusion se fait sur des étendues qui ne se mesurent que par sous-multiples du mètre, et la vitesse en reste extraordinairement petite.

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