INTRODUCTION
lluciicos ({iii les modiliont: (|nnn(l on les avait découverts et foiMiiulés pour la première fois, on ne connaissait pas encore U^s faits ; on n'en pouvait donc lenir compte. Mais, de (puilqne façon rpie la science se i)nisse transformer, il demeure ini rcsidu défini et indestructible des connaissances primitives ; et, en ce sens, une vérité une fois acquise parla science vit éternellement, c'est-à-dire qu'elle demeure aussi lonotemi)s que demeurei'a la science humaine.
Appliquées au cas particulier ({ui nous intéresse, ces notions générales donneront les conséquences suivantes. S'il s'agit d'une connaissance isolée, c'est de chaque époque déterminée que dépendront l'étendue et la généralité, avec lesquelles on pourra comprendre lesrapj)orts entre les différents phénomènes sous des formes fixes : je veux i)arler des lois de la nature. Depuis que la science existe, elle a donné une certaine somme de ces lois générales : la forme et l'expression en ont sans doute été bien des fois reprises, et bien des fois les limites de leur valeur ont été rectifiées. Malgré cela, on en a conservé les éléments essentiels, depuis qu'elles ont commencé à vivre dans le cerveau des chercheurs. Le réseau de ces rapports s'étend et se différencie sans cesse; mais les traits dominants persistent.
Il en va de môme de chaque homme en particulier. Si limité que soit le cercle de son savoir, // est toujours un fragment du grand réseau des connaissances humaines : aussi est-il de nature tette,que d'autres parties s'y enchaînent du fait seul que V individu en a pris conscience et connaissance. Si l'on est une fois entré de cette façon dans le cercle de la science, on y fera de semblables profits, — de môme que si l'on est relié au réseau téléphonique de sa résidence, on
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peut à volonté se faire donner la communication avec tout autre abonné, quand môme on ne ferait qu'un usage extrêmement restreint de ce droit: on ne réclame, en effet, la communication que si Ton veut se mettre personnellement en rapport avec un tel ou un tel; mais quand s'est établi le rapport, du même coup et automatiquement un commerce a pu s'établir entre abonnés. De même tout fragment nouveau du savoir que l'individu s'assimile, apparaîtra comme élément régulierde cette organisation centrale dont on ne peut sans doute épuiser les ressources dans toute leur étendue, mais dont chaque partie isolée devient foncièrement accessible, pour le cas où l'on en veut prendre connaissance. Il en est de même pour celui qui débute dans la science : (iès qu'il tient les connaissances les plus élémentaires, reçues à l'école, ou de ses parents, ou bien même acquises par des expériences personnelles dans son milieu, il a saisi un ou plusieurs des fils de ce puissant réseau, et il y peut étendre son expérience, et en faire entrer dans sa vie et son action une portion toujours et toujours plus grande. Et ce réseau de connaissances a par nature une haute valeur, il est une chose précieuse : car il est précisément ce qui relie les uns aux autres les esprits les plus grands et les plus compréhensifs de l'humanité. Les vérités une fois saisies,il n'est plus besoin d'en apprendre à fond le contenu réel, quoiqu'on se voie assez souvent obligé, notamment dans les sciences récentes, de changer la forme de ses concepts et de ses vues d'ensemble. Aussi est-il particulièrement important pour chacun de recueillir dès le début ces vérités de fait invariables en leur donnant leur caractère exact, et d'apprendre à les séparer des formes variables de représentation qui s'y appliquent. On voit bien
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clairement ici le caractère inachevé du savoir liiimain; or, dans l'histoire de la scieni-o, on en est, perpétuellement revenu à confondre le contenu avec lalbrme, et quand se produisent des changements nécessaires dans la forme (ce qui n'est jamais qu'une question de pratique), on prend cela pour une refonte et un bouleversement complet des matériaux.
C'est ainsi que toute représentation scientifique implique des éléments philosophiques. Dans les traités, que ce soit du degré le plus élémentaire ou du plus élevé, le chapitre de philosophie se trouve la plupart du temps au début du livre, souvent aussi à la fin, en manière d' « Introduction générale » ou de « Conclusions générales » . Dans les travaux particuliers par lesquels les chercheurs impriment à la science ses progrès, les éléments de philosophie se présentent sous forme d'hypothèses, de propositions qui ne sont pas discutées, et certes, souvent, ne sont même pas expressément mentionnées : cependant, c'est sur leur acceptation que l'on fait reposer toutes les conclusions particulières qui dans ces circonstances ont été tirées des nouvelles pensées ou des nouveaux faits avancés. Mais ni dans l'un ni dans l'autre cas ces propositions générales ne prennent bien la place qui leur revient. Sont-elles à la préface ? leur valeur pratique est nulle, car le matériel de faits qu'elles sont destinées à grouper a besoin d'être éclairci dans le cours de l'exposition. Sont-elles en conclusion ? elles viennent trop tard, car en fait on les a déjà appliquées auparavant en de nombreux cas, mais sans que l'on donnât à entendre leur véritable nature. Le mieux — et ce qui arrive toujours si l'enseignement est bien fait — c'est, dans l'œuvre imprimée comme dans l'exposé oral, de faire ressortir les généralités dans la mesure
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où les faits particiilier«: que l'on avance le réclament el le justifient.
Tout enseignement, dans les sciences de la nature, est ainsi nécessairement mêlé de philosophie, bien ou mal, suivant la clarlé d'esprit de celui qui le fait. Mais on peut se donnerrapidement, et correctement, une idée d'ensemble d'un système confus, comme le dédale des voies d'une grande ville, si l'on joint à la connaissance des rues prises séparément celle de leurs rapports réciproques dans l'ensemble, et cela par l'étude d'un plan général : de même on fera bien, en étudiant une science particulière, d'examiner un de ces plans d'ensemble, quand ce ne serait que pour ne pas s'égarer si le chemin vous mène par un quartier resté jusque-là inconnu.
C'est à quoi doit servir ce livre.