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Économie de l'énergie libre

Si nous nous demandons d'où les vivants se procurent l'énergie libre dont ils ont besoin pour maintenir en eux la persistance de la vie, il faut répondre que le rayonnement solaire couvre à lui seul toute la dépense. Sans cet apport constant, nous devons dire — dans les limites du moins de notre connaissance — que les énergies Hbres seraient depuis longtemps tombées sur la terre à l'état d'équilibre et les systèmes y seraient fixes, c'est-àdire morts.

On comprend par suite que sous la forme des êtres vivants se soient réalisées des machines, par lesquelles Vénergie rayonnante du soleil — forme essentiellement éphémère, c'est-à-dire toujours prête au changement — est transformée en une espèce durable, comme nous le savons déjà de l'énergie chimique. — Il faut commencer par remarquer que l'alternance du jour et de la nuit interrompt périodiquement l'apport d'énergie rayonnante, et dans ces conditions, il est nécessaire que l'on emmagasine l'énergie du jour pour la nuit, s'il est entendu qu'elle doit servir de base à un système durable. Aussi, nous le reconnaîtrons, c'est dans les processus photochimiques, c'est-à-dire dans la transformation de l'énergie rayonnante en énergie chimique, que réside le principe de la vie sur la terre.

Tel est le travail dont s'acquittent les plantes : et les provisions d'énergie libre qu'elles amassent ainsi suffisent non seulement à leurs propres besoins, mais encore à ceux de tous les autres vivants qui, directement ou indirectement, se saisissent des ré-

serves chimiques végétales et les utilisent pour leurs propres lins. Par là, l'alimentation, dans le sens le plus large du terme, se trouve assurée à tous les vivants, créée par l'énergie libre qui s'écoule régulièrement du soleil. C'est par là aussi que s'explique la grande analogie chimique de tous les êtres vivants, qui ne pourraient subsister, s'ils n'étaient organisés pour utiliser l'énergie sous cette forme où précisément les plantes la leur livrent.

Du grand courant d'énergie libre qui s'écoule du soleil dans l'univers, la terre ne retient qu'une petite partie (correspondant à la portion d'espace qu'elle couvre dans la voûte céleste vue du soleil) ; mais encore, n'y a-t-il qu'une très petite fraction de cette fraction qui soit recueillie et mise en réserve par les plantes. Des mesures appropriées ont donné comme résultat, que dans les circonstances les plus favorables une feuille d'un végétal ne transforme guère en énergie chimique qu'un cinquantième de l'énergie rayonnante conservée. Si l'on réfléchit qu'une petite partie seulement de la surface terrestre est couverte de plantes, et que pendant l'hiver l'énergie solaire n'est pas emmagasinée, on reconnaîtra combien plus et quelles immenses quantités d'énergie libre on pourrait recueillir et amasser. — Les plantes répandent à leur tour leur provision dans les fleuves, ruisseaux et filets d'énergie que représentent les autres vivants, et toutes ces réserves en viennent finalement à l'état d'énergie épuisée, ou énergie en repos. Certes, on ne peut énoncer cette dernière proposition que par rapport à la terre ; le rayonnement qui émane du globe s'élève actuellement à la môme quantité à peu près que celui qui lui arrive du soleil : est-il à son tour

utilisé quelque part, et comment l'est-il ? c'est ce que nous ne savons pas.

Pendant que l'énergie libre s'écoule dans une direction déterminée suivant le courant que l'on vient de décrire, les substances pondérables dont se construisent les vivants s'en vont en cycle à travers les animaux et les plantes, et inversement. Cela est vrai tout spécialement du carbone, que l'énergie solaire, transformée dans les végétaux — dégage de sa combinaison avec l'oxygène — l'acide carbonique. Le carbone sert à construire le corps des plantes, et en représente la réserve d'énergie chimique ; l'oxygène de son côté se répand dans l'atmosphère. Mais, par le fait que ces deux substances entrent à nouveau en combinaison dans les différents organismes, les quantités correspondantes d'énergie qui étaient nécessaires pour les séparer, redeviennent disponibles et servent à des manifestations vitales variées. Le produit de la combinaison, l'acide carbonique, retourne dans l'atmosphère et se retrouve prêt à être de nouveau décomposé par les végétaux.

On peut ainsi comparer l'exercice d'ensemble de la vie à un moulin à eau. L'énergie libre correspond à l'eau, qui doit couler en un sens déterminé à travers le moulin, pour lui fournir les quantités nécessaires de travail. Les éléments chimiques des vivants correspondent à la roue, qui constamment se meut en cercle, transportant l'énergie de la chute à chacune des parties delà machine.

LES SClEiNCES BIOLOGIQUES

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