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L'ame

Dans les considérations qui précèdent sur les vivants, nous ne les avons représentés que comme des cas particuliers des machines physico-chimiques, où se serait faite une spécialisation très poussée : maintenant il faut prendre en considération une particularité qui semble les séparer d'une façon caractéristique des machines non vivantes, et qui d'ailleurs s'est déjà présentée à nous tout au début de notre étude.

C'est ce fait que nous avons désigné en son temps du'nom de souvenir; nous le définirons, très généralement, comme la propriété qu'un événement plusieurs fois produit a de se répéter et de se poser dans les vivants de préférence à des événements nouveaux, et cela parce qu'il s'introduit plus facilement et s'insinue davantage. On reconnaît tout de suite que par là les vivants voguent sur l'océan des possibilités physiques comme portés par un vaisseau qui leur ferait accomplir un trajet fixe et les maintiendrait dans une direction certaine.

S'agit-il ici d'une propriété exclusive des vivants? On ne peut répondre affirmativement à cette question. Même dans les systèmes inanimés il y a quelque chose comme une adaptation. Une horloge bien réglée n'acquiert ses précieuses propriétés qu'après avoir plus ou moins longtemps fonctionné, et le meilleur violon est « fruste » immédiatement après qu'on l'a construit : il faut qu'il soit «joué». Un accumulateur doit être « mis en forme » avant de prendre sa capacité normale. Tous ces faits reposent sur ce que la répétition de processus semblables en améliore le rendement, c'est-à-dire le facilite ou l'augmente.

Cependant, si l'adaptation ou mémoire n'est pas limitée aux vivants, on peut constater que dans les systèmes inanimés elle se présente relativement moins souvent. Aussi pouvons-nous dire qu'il s'agit bien d'une propriété des organismes, mais qu'elle représente une spécialisation très poussée des possibilités inorganiques. Et il y a là un point de vue très important pour la suite.

Cette propriété de l'adaptation facilite d'abord et assure l'alimentation. Si nous mettons à profit l'idée fondamentale développée par Darwin, que dans le monde la prépondérance est donnée aux êtres à qui leurs propriétés assurent la plus longue durée, nous reconnaîtrons que si un système peut utilement garder et mettre en œuvre ses aliments, il vivra plus longtemps qu'un système semblable, mais qui n'aurait pas cette propriété. Or le fait général de l'adaptation développe ces propriétés « utiles » et permet d'en user plus facilement, dans les systèmes précisément où la vie se prolonge, si bien qu'ils acquièrent parla un nouvel avantage sur les formes concurrentes. On comprend comment cette propriété de l'adaptation, qu'il faut d'abord regarder comme purement physico-chimique, se rencontre dans tous les vivants, et s'y développe pour favoriser leur durée.

Dans ses formes primitives, elle produit les phénomènes de réaction ou réflexes : on entend par là la série d'événements par lesquels un organisme, sous l'action d'une énergie extérieure, répond à cette action dans le sens des exigences vitales. Des réactions utiles ne peuvent naturellement se développer que pour les actions auxquelles l'organisme est souvent et régulièrement soumis. D'où résulte que pour les faits inaccoutumés il n'y a pas en gêné-

rai d'adaptations données, et les organismes se comportent souvent vis-à-vis de ces faits d'une manière extrêmement peu pratique. L'exemple typique est celui de la mite, qui vole vers la lumière pour s'y brûler.

A mesure que les réactions s'établissent progressivement, il se développe des séries de conséquences toujours plus lointaines et plus étendues, et elles nous apparaissent alors comme des actions instinctives. Ici encore on retrouve l'inadaptation caractéristique aux conditions inaccoutumées, malgré la complexité croissante des actions utilement organisées.

Au degré le plus élevé de cette série apparaissent finalement les actions conscientes ; on se préoccupera dans ce livre de leur donner des règles utiles jusque dans leur plus hautes manifestations. Elles se distinguent des actions instinctives parce que leur cours ne se peut plus suivre sous forme d'une série déterminée ; mais les combinaisons les plus variées se font suivant les besoins. Cependant il faut encore ici mettre tout de suite en lumière la nature et l'essence de ces actions, qui sont fondées sur la répétition des expériences concordantes : car la formation des concepts^ base de toute la vie consciente de l'âme, n'est possible que par lar^'pe7î7/o/z. Nous avons ainsi le droit de considérer les différents degrés de l'activité mentale, depuis les réflexes les plus simples jusqu'au travail le plus élevé de la pensée, comme une série cohérente et continue d'activités, de complexité et d'utilité progressivement croissantes, qui sortent de la base commune des faits physico-chimiques et physiologiques.

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