CHAPITRE III
PHÉNOMÈNES MOLÉCULAIRES ET DES TROIS ÉTATS GÉNÉRAUX AUXQUELS SUBSISTENT LES CORPS.
Les phénomènes chimiques dépendent principalement d'une cause générale, primitive, appelée affinité qui préside, selon certaines lois encore trèsobscures, à la formation des corps. Au fond, ce mot affinité exprime, plutôt un ensemble d'effets considérés dans ce qu'ils ont de commun, qu'il ne représente à l'esprit Tidée nette d'une cause définie, d'une cause réelle conçue en elle-même. (]ette cause, quelle qu'elle soit, qui se manifeste par l'affinité, est restée jusqu'ici inconnue aux chimistes, de sorte qu'ils n'ont véritablement créé qu'une science secondaire, une science empirique, laquelle recueille des faits et les coordonne, mais n'apprend rien sur leur origine et leur principe générateur.
Pour nous qui admettons dans la substance soit infinie, soit finie ou limitée, trois énergies distinctes, trois principes premiers, essentiels, nécessaires des choses, la force, la forme, la vie ou le principe spé-
cial qui unit les deux autres, nous concevons Taffinité comme le mode d'action de la forme.
Dans sa plus grande généralité, la forme est une condition de l'existence, puisque, pour exister, il faut exister d'une certaine manière. On ne peut concevoir d'existence indéterminée, le mot même est contradictoire. La forme donc détermine l'être, le caractérise, le spécifie, fait qu'il est soi, et non pas un autre. Or, pour être, il faut être soi; la forme est donc aussi le principe d'individualité et de personnalité.
Puisqu'il existe un Etre infini et que dès-lors cet être a sa forme propre, il existe une forme infinie. Si celte forme peut être limitée, elle peut l'être d'une infinité de manières diverses; elle contient donc en soi une infinité de formes diverses, liées par des relations essentielles, nécessaires, et ayant une tendance également nécessaire à s'ordonner entr'elles comme elles le sont dans l'unité de la forme inllnie qui les comprend toutes. Les lois de cette tendance sont les lois de la forme, qui constituent l'ordre.
Sans cette action propre de la forme, on conçoit bien le mouvement comme possible, parce que l'idée de force est une conception première et indépendante de toute autre, mais on ne conçoit pas de mouvement actuel, parce qu'on ne peut concevoir de mouvement sans direction, et que toute direc-