‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 101 sur 229 · LIVRE XI«.— CHAPITRE IIP · texte numérisé non relu

LIVRE XI«.— CHAPITRE IIP

tion étant une détermination, ne sauroit être conçue que comme le résultat, Teiïet, le produit de la forme, sans laquelle nulle détermination. De Fidée de direction naît ridée de ^ndans une sphère plus élevée.

Si la forme est indispensable pour déterminer le mouvement, le mouvement ne l'est pas moins pour développer la forme et opérer entre les formes diverses, au sein de l'Univers physique, les combinaisons d'où résultent les séries progressives des êtres. Et comme la forme ne sauroit déterminer le mouvement, qu'autant qu'elle est unie, dans tous les points du mouvement même, à la force dont il est l'action. Ton comprend la nécessité d'un principe spécial dont la fonction soit de les unir, et la nécessité de son intervention dans tous les phénomènes. De la combinaison directe du principe d union et du principe de force, naît, comme nous l'avons dit ailleurs ^ , le mouvement central ou la loi de gravitation, qui ramène chaque monde, chaque système de mondes, et Tinnombrable multitude de ces systèmes, à l'unité.

La tendance naturelle et nécessaire des formes diverses à s'ordonner et à se combiner selon l'ordre des relations qui existent entr'elles dans l'unité de la forme infinie, constitue cette cause première, génératrice des faits chimiques, qu'on nomme afQnité.

» Livre X, chap. VII.

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Ce n'est pas sans doute que d'autres causes non moins générales ne concourent à leur production, puisque rien ne se produit que par l'action simultanée des trois énergies essentielles et primordiales inhérentes à Téther; mais ce qui différencie spécifiquement les corps dépendant de la forme seule, et Taffînité étant, selon nous, Faction propre de la forme, elle a un rapport plus particulier avec la science dont Tobjet final est de classer les corps en espèces définies ^ , d'après l'ensemble de leurs pro- ,priélés respectives.

Tout le travail de la nature, si varié dans ses résultats, n'est qu'un travail de composition et de décomposition , mots qui eux-mêmes n'expriment qu'un seul fait envisagé sous deux aspects divers; car la décomposition d'un corps aboutit toujours à la production d'autres corps plus complexes, ou plus simples.

Ce grand phénomène de composition et de décomposition, phénomène, comme on le voit, essentiellement moléculaire, a pour cause première et directe l'affinité, puisque c'est elle qui, dans l'universalité des effets, détermine ce que chacun a de propre.

1 Tel est le but scientifique de la chimie, suivant M. Chevreul, l'un (les hommes qui, de nos jours, a le plus contribué à l'avancement de cette science où il a porté des vues générales très-belles.

EUe intervient encore, quoique moins principalement, dans Tin autre ordre d'effets, physiques autant que chimiques ; nous voulons parler des différents états généraux auxquels peut subsister un composé sans changer de nature, Fétat solide, Tétât liquide et Tétat gazeux. Essayons de nous rendre compte de ces états divers où se présentent les corps, et dont la différence a donné lieu à des explications fondées, pour la plupart, sur les propriétés répulsives qu'à tort, selon nous, on attribue au calorique ^

Sous le rapport où la physique et la chimie considèrent les corps, en un mot, dans la sphère qui comprend exclusivement ceux qu'on est convenu d'appeler inorganiques ^, le mot quelquefois si vague de molécule^ offre, en laissant de côté les questions que suscite la théorie métaphysique des atomes, un sens net et précis, auquel il seroit peut-être utile de restreindre sa signification scientifique. On appelleroit molécule d'un corps, toute partie d'un corps contenant ce qui en fait l'essence, de sorte qu'elle ne pût être ultérieurement divisée sans que cette essence fût détruite. Ainsi la plus petite particule d'eau que Ton puisse concevoir seroit une

? Voyez la note à la fin du volume.

2 La chimie ne s'occupe des corps formés par le travail interne des organismes vivants, qu'en dehors des lois de l'organisation ellemême. Elle opère sur ces corps comme sur les corps primitivement inorganiques , par les mêmes procédés et seloii la même méthode.

molécule d'eau. Arrivé au point où cette molécule complexe ne pourroit plus être divisée sans opérer la séparation de l'oxigène et de l'hydrogène, que resteroit-il, en supposant cette séparation effectuée? non plus de l'eau, mais des molécules d'hydrogène et d'oxigène. Nous savons bien que celles-ci pouvant être conçues comme indéfiniment divisibles, par là même la molécule d'eau peut être aussi conçue comme divisible indéfiniment. Mais, en dehors de la question de la croissance et de la décroissance indéfinie des grandeurs dans leur relation avec l'étendue, il y a ridée de composition, qui implique une séparation possible, et c'est sur cette idée, correspondante à un fait physique incontestable et in contesté, que se fonderoit principalement la définition de la molécule physique. Suivant cette définition, la molécule seroit donc le corps même selon son essence , car, à cet égard , il n'y a rien de plus dans mille, dans cent mille molécules, qu'en une seule. La masse peut croître indéfiniment, le corps demeure le même.

La molécule qui constitue le corps, qui est le corps même, se composant d'un nombre plus ou moins grand d'autres molécules de formes diverses, selon que la forme du corps, sa nature est plus ou moins complexe, on peut se le représenter, aux dimensions près qui n'affectent en aucune manière le

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