‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 107 sur 229 · LIVRE XI®.— CHAPITRE IVe, 20S · texte numérisé non relu

LIVRE XI®.— CHAPITRE IVe, 20S

ment divers, s'allie mal avec la vraie simplicité de la nature, et avec tout ce que Tesprit peut se représenter touchant les principes primordiaux et nécessaires des choses.

D'un autre côté, un composé sans principes composants est une contradiction dans les termes , et, par conséquent, on est invinciblement forcé d'admettre des éléments simples, lesquels, indiscerna^ Mes expérimentalement, ne peuvent dès-lors être reconnus que par la pensée pure , ou fournis à la science des faits observables, que par une autre science qui a pour objet les essences. De là l'intime et nécessaire liaison de la philosophie transcendante ou de la métaphysique , et de la philosophie naturelle.

(( Dans la série des corps simples, ajoute Berzé- « lius \ se trouvent un certain nombre de substances « auxquelles manquent plusieurs qualités principales (( des autres corps. C'est pour cette raison qu'on les (( range avec doute parmi les substances matérielles « proprement dites, et que plusieurs personnes les <( considèrent comme de simples qualités des corps (c dans lesquels on les rencontre en de certaines « circonstances.

« La principale différence entre ces corps et les « autres, consiste en ce qu'ils sont impondérables,

^ Ibid.

206 11*" PAîîTIE. — BE LHO.>mF„

« c'est-à-dire, dénués de pesanteur, et n'occupent K point par eux-mêmes d'espace appréciable.

« On en compte quatre : la luimèrey la chaleur y « V électricité et le magnétisme \ Tant de particulau rites leur appartiennent en commun, qu'on est (( fondé à conjecturer que l'un ou Tau Ire d'entre eux u est un composé des autres, et qu'ils résultent de c< substances simples, servant également de bases à « tous, et qui nous sont inconnues. :»

Voilà donc la science, qui du premier abord, partant de la notion obscure qu'elle s'est faite de la matière, est conduite à reconnoître ou à soupçonner dans les phénomènes, et dans les causes des phénomènes, quelque chose qui n'est pas matériel.

Il y a ici plusieurs choses à remarquer :

1** Qu'il est impossible, dans l'état actuel de la science, de considérer la lumière, la chaleur et l'électricité comme de simples propriétés des corps, en ce sens qu'il n'existe point, à part de tous les autres corps, un ou plusieurs fluides spéciaux, lesquels sont les agents, les causes immédiates des phénomènes de lumière, de chaleur et d'électricité.

2*^ Que rien ne prouve que ces fluides soient, dans la stricte rigueur du mot, dénués de pesanteur

' On admet généralement aujourd'hui que le magnéUsmc cl lélectricité ne sont qu'un même tluide , et ainsi le nombre des fluiJes appelés impondérables se réduit à trois.

LÏVBE Xl«. — CHAPITRE IV*. 207

et d'étendue, et qu'à moins de les supposer rigoureusement immatériels, auquel cas ce ne seroient plus des fluides suivant l'acception physique du mot, on ne sauroit douter qu'ils ne soient, dans leurs particules intégrantes, étendus et pesants. Inhérents à Télher, inséparables de l'éther, soit qu'il se compose de ces trois fluides distincts et unis, soit qu'on les considère comme des propriétés essentielles et diverses d'un fluide unique, ce qui ne change que le point de vue sans changer le fond des choses ' ; dans ces deux cas, puisqu'on attribue de la résistance à l'éther répandu dans l'espace qu'il remplit physiquement, on le suppose étendu, pesant, et ces qualités sont dès-lors communes à tout ce qui constitue l'éther, ou à Téther selon tout ce qu'il est, à l'élherélectricité, à Téther-lumière, à l'éther-calorique.

3^ Que néanmoins ces qualités de l'étendue et de la pesanteur semblent répugner à l'idée qu'on se forme, d'après leurs effets, de ce qu'il y a de positif et d'actif dans ces trois fluides qu'on distingue des autres sous le nom d'impondérables, de sorte que, par l'ensemble des considérations qui s'y rattachent, on est conduit à admettre en eux quelque chose d'immatériel et quelque chose de matériel, ou à les concevoir comme des énergies primitives, simples^ spirituelles dès-lors, existant dans l'Univers et

' Forez liv. X, ch. III.

20a II* PARTIE. — DE L'H03Ii>IE.

s'y manifestant à nous sous des conditions matérielles qui impliquent l'étendue et la pesanteur ^

4*^ Que la science, frappée « de tant de particu- « larités qui leur appartiennent en commun, » se croit (( fondée à conjecturer que Tun ou Tautre (( d'entr'eux est un composé des autres^. » Mais cette conjecture ne repose que sur une induction vicieuse; car, de ce qu'on observe une certaine simultanéité dans leurs manifestations, il ne s'ensuit nullement que l'un d'eux possède les particularités

' II est bien clair qu'il ne s'agit point ici de pesanteur appréciable par nous.

* On a successivement cherché dans le calorique, dans la lumière, dans l'électricité, le principe uni(iue dont les deux autres ne seroient que des modilications phénoménales; mais aucune de ces tentatives n'a eu le succès qu'on en espéroit. Les faits inexorables viennent toujours détruire l'éditice qu'on s'efforçoit d'élever. Dans ces derniers temps, on a voulu surtout, réduisant les fluides premiers au fluide électrique, tout explitjuer par son action. Cette théorie soutenue par des hommes du plus rare mérite, i)aroît déjà au moins fort ébranlée. Obligés d'être courts , nous ne citerons que deux autorités. D'une suite d'expériences très-remar(iuables , M. Schœnbein conclut entr'autres conséquences :« que ni l'électricité ordinaire, ni l'élec- « tricité voltaï [ue ne sont capables de modifier les propriétés chi- « mi(iues des corps, et que, par conséiiuent, les principes éleclro- « chimiques de H. Davy et de M. Berzélius ne peuvent être admis. » {Revue scientifique et industrielle , février 1811, p. 155.) « Je ne « puis m'empêcher d'observer, dit M. De la Rive, dans une lettre à « M. Dumas, que plus on étudie les phénomènes que présente l'élec- « tricité , plus on arrive à reconnoître que cet agent diffère dans la « forme sous laquelle il se présente à nous, de la lumière et du calo- € Pique, quoiqu'il ait avec eux des rapports intimes. » {Séance de l'Académie du \7 mai 1841.)

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