‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 115 sur 229 · LIVRE Xr. — CHAPITRE V«. 22K · texte numérisé non relu

LIVRE Xr. — CHAPITRE V«. 22K

latent*; en un mot, nous pensons qu'il est à Télectricité, ce que l'hydrogène est à la lumière, et l'oxigène au calorique. Par cela même qu'elle existe en lui à l'état de combinaison, elle y existe à l'état latent, comme le calorique dans l'oxigène, comme la lumière dans l'hydrogène, et, comparativement, indépendante de ces deux principes dont Faction sur elle lui imprime les modifications qui différencient l'électricité positive de l'électricité négative.

La conjecture que nous hasardons ne se fonde, à la vérité, que sur de simples inductions. Réunies, cependant, peut-être trouvera-t-on qu elles ne sont pas tout-à-fait sans poids.

Observons premièrement, que, même dans Fignorance la plus absolue de ce que Fazote est en soi, de ses fonctions dans le monde physique, on ne pourroit admettre qu'un corps aussi répandu n'en ait pas de très-importantes. Comment croire, en effet, qu'un des éléments le plus général des choses, n'eût pas dans Féconomie de la nature un emploi nécessaire, un emploi qu'aucun autre ne pourroit rempUr ? qu'il y occupât, en quelque manière, une place inutile? Cela n'est pas, parce que cela ne peut être.

^ Dans l'hypothèse qui fait de rélectrieité, de la lumière et du caloîque de simples mouvements de Téther, comment concevoir l'électricité, la lumière et le calorique à l'état latent, ou à Tétat de coioblnaison stable?

TOUS lY. 15

En second lien, s'il est vrai que deux des fluides primitifs, le calorique et la lumière, caractérisent respectivement, par leur union avec des radicaux spécifiquement distincts, deux fluides secondaires, au moyen desquels les formes se développent et la yie se propage, il est au moins probable que le troisième fluide primitif, que l'électricité, soumise à la même loi, doit aussi caractériser, par son union avec un radical distinct, un troisième fluide secondaire.

Or, de fait, il existe un fluide non moins universel que l'oxigène et l'hydrogène, un fluide qui, entrant comme eux dans la composition des corps, doit comme eux y être en rapport avec certaines fins spéciales. Seroit-il impossible de découvrir des indices de la fin spéciale à laquelle l'azote est destiné à satisfaire, de déterminer, parle genre d'effets qui paroissent dépendre de son action propre, le caractère de ses fonctions? C'est ce que nous allons rechercher.

L'eau, produit de la combinaison de l'oxigène et de l'hydrogène, Tair, produit du mélange ^ de l'oxigène et de l'azote, sont, à une certaine époque de

» L'azote, à l'état gazeux, manifeste très-peu d'affinité pour l'oxigène. A ce sujet, on peut remarquer que la relation particulière de l'oxigène à la forme, que sa fonction est d'animer, doit en effet déterminer entre lui et le fluide secondaire de la forme, une affinité tout autrement énergique que celle qui résulte de sa relation avec le flu/de de la orce.

HVRE Xie — CHAPITRE V<^. 227

révolution générale des êlres> les deux agents les plus nécessaires de cette évoliUion. Si Tenveloppe solide de notre globe, si les premières cristallisations ont pris naissance dans un milieu où une chaleur énorme déterminoit un développement proportionnel de force, dont Faction, pendant de longues périodes, n'a cessé de se manifester par les soulèvements auxquels la terre doit ses reliefs, c'est dans les eaux que se sont formées les cristallisations postérieures, et que s'est opérée la primitive évolution des êtres végétants et vivants. Mais un autre milieu, le milieu atmosphérique, n'étoit pas moins nécessaire à ces deux classes d'êtres que le milieu aqueux. Ils n'auroient pu sans lui ni commencer ni continuer d'être. Nous reviendrons sur ce sujet; maintenant nous voulons considérer notre atmosphère par rapport seulement aux indices qu'il peut fournir touchant la nature propre de Tazote.

Remarquons d'abord, que le milieu dans la composition duquel ce gaz entre pour les quatre cinquièmes, est, pour nous du moins, le théâtre des plus grands phénomènes électriques, car nous ne savions rien de ce qui se passe à l'intérieur du globe, dans ses profondes entrailles. L'explication de ces phénomènes est restée jusqu'ici très-incomplette. Ne pourroit-on pas soupçonner, qu'indépendamment des autres causes qui concourent à leur production,

il s'opère, en certaines circonstances, des combinaisons de Tazote atmosphérique, d'oii résulteroit un dégagement d'électricité ou de force? On trouve presque toujours des traces d'acide nitrique dans Teau de pluie d'orage, où il est combiné avec Tammoniaque K II paroît difficile d'admettre que cet oxide ne se forme pas dans latmosphère elle-même, car s'il provenoit d'ailleurs, on devroit, ce semble, en retrouver dans toutes les eaux pluviales. Il y a donc lieu de penser que, dans un état particulier de l'atmosphère, il s'y produit des combinaisons chimiques d'azote, et la science l'admet formellement^.

On y voit aussi se produire des mouvements d'une intensité prodigieuse, subitement, instantanément, sans aucun des signes ordinaires d^orages, les tourbillons, les trombes, le kamsin, dans lequel on a cru reconnoître un courant électrique central, dont la direction détermine celle du courant d'air, et rendroit raison de quelques-uns de ses plus remarquables effets. Ces mouvements neparoissent-ils pas, principalement par ce qu'ils ont de soudain, im-

1 Berzélius, lome II, p. 31. D'après Texpéiience de Cavendish, rélectricilé traversant un mélange d'oxigène et d'azote, engendre de l'acide nitrique. C'est le phénomène atmosphérique en petit.

» « L'air contient ou engendre des produits oxidés, acide carbo- « nique , eau, acide azoliiiue, oxide d ammonium. » Dumas, Statique chimique des corps organisés , p. 7.

Page 1