LIVRE XV. — CHAPITRE Vie. 03g
qu'au moins quelque chose reste à désirer, lorsqu'ayant, par exemple, à définir les métalloïdes, on ne trouve rien de plus précis à dire que ceci : « Les (( caractères généraux de ces corps, ceux par les- « quels ils se distinguent des métaux, sont, en gé- « néral, Tincapacité de conduire l'électricité et la « chaleur, jointe à une pesanteur spécifique moins « considérable, qui n'excède pas trois fois celle de « l'eau ^ h
La fiction des atomes, dont le plus grand avantage est de fournir une sorte d'algorithme, un système plus ou moins commode de notation chimique, ne donne que des relations comparatives de poids, et encore des relations purement hypothétiques , contradictoires même, en tant qu'on les suppose affecter des atomes réels ; car ou les atomes sont étendus et conséquemment divisibles, et alors ce ne sont plus de vrais atomes, mais des molécules d'un volume quelconque que Ton ne détermine pas, et que l'on ne pourroit déterminer qu'arbitrairement; ou les atomes ne sont ni divisibles ni étendus, et alors comment les concevoir pesants ? Le poids d'ailleurs ne dépendant que de la masse, n'apprend rien sur la nature intime des corps. On ne voit donc pas en quoi la méthode atomistique, simple langue convenue et langue très-bornée, seroit pour la science
* Berzélius, tome I, p. 201.
un véritable moyen de progrès. Elle ne peut même en exprimer directement l'état, puisque si, à Taide de certaines suppositions abstraites, elle exprime, dans ses formules des corps, les quantités relatives de leurs éléments constitutifs, elle ne sauroit exprimer ni le genre ni l'intensité de leurs affinités réciproques, ni les phénomènes caractéristiques de leurs combinaisons.
Constatées par l'observation, en dehors de toute théorie, les différences d'après lesquelles on a classé les corps, demeureront toujours le fondement nécessaire de la science, mais d'une science empirique, aussi long -temps que les faits n'auront pas été rattachés à des causes que l'esprit conçoive et qui les expliquent. La conformation extérieure, les qualités diverses reconnues, peuvent, indépendamment des causes qui en sont la raison et qu'elles représentent au sein du monde phénoménal, légitimer autant de divisions, autant de catégories que l'on en voudra établir sur cette base arbitraire, non en soi, mais quant au nombre des catégories et aux caractères d'après lesquels on déterminera chacune d'elles. Il seroit certainement très à désirer qu'une classification générale, exempte de tout élément arbitraire, vînt relier entr'elles, par quelque principe supérieur, ces classifications partielles et les rectifier au besoin, à Taide de ce principe même. Or, il semble