LIVRE Xie. — CHAPITRE Vl
sième qui les unisse, puisque, séparés, ils seroient l'un et Tautre éternellement inertes, la forme ne pouvant se développer sans mouvement, le mouvement étant impossible si rien ne le détermine. Ces trois principes sont donc nécessairement conçus comme premiers, et Tuniverselle évolution des êtres n'est que leur propre évolution, la manifestation progressive de ce que chacun d'eux est en soi et contient en soi, de ce qui subsiste, à Fétat virtuel, au sein delà substance créée. Si, sous les conditions les plus générales de leur existence physique, ils s'identifient avec ce qu'on nomme lumière, calorique, électricité, il faut distinguer, dans la notion que Ton se fait de ces fluides, ce qui n'est que la spécification d'un certain ordre d'effets expérimentalement connus, de ce qui, visible par la seule pensée, constitue leur essence : car c'est uniquement au moyen de ridée absolue de celle-ci, que l'on conçoit les effets mêmes, et qu'on les ordonne en un tout où, liés harmoniquement et se succédant sans lacunes , ils ne forment qu'une grande unité, expression de celle des causes et des lois nécessaires.
Ce qui, dans ce vaste tout, produit la variété et la manifeste, appartient à la forme seule. Et comme la forme intime des corps est indépendante de leur masse, qu'elle subsiste complette en chacune de leurs moléculeS; son action^ dans le monde matériel^ est
une action moléculaire, d'où il suit que la chimie, qui a pour objet spécial et direct les actions moléculaires, est proprement la science de la forme. En étudiant les affinités d'où résultent la composition et la décomposition des corps, il faut bien qu'elle tienne compte des conditions accessoires d'électricité et de chaleur, sans lesquelles aucun phénomène ne pourroit s'opérer; mais, en elles-mêmes, ces conditions relèvent immédiatement de la physique, qui en donne les lois générales. Si celles de la lumière sont aussi de son domaine, c'est qu'elle la considère au même point de vue général et principalemenc dans ses rapports avec le mouvement, en dehors de toute combinaison où le principe de forme se spécialise en des formes particulières actuellement développées. Elle est le fondement de la chimie qui s'aide d'elle et la continue , comme elle est ellemême continuée par la physiologie dans un autre ordre.
Cependant, tel est l'étroit enchaînement des choses, que la chimie, qui n'est après tout que la physiologie des êtres inorganiques, comme la physiologie n'est que la chimie des êtres organisés, trouve encore sa place, mais toujours moindre et toujours aussi plus indécise dans l'étude des corps animés. Elle ne laisse pas, néanmoins, alors même de se distinguer de la physiologie par un caractère très-mar-