‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 125 sur 229 · DES ÊTRES ORGANISÉS · texte numérisé non relu

DES ÊTRES ORGANISÉS

En un sens très-vrai, tout dans la nature est organisé, c'est-à-dire qu'il n'est pas un être qui ne soit ordonné en soi selon ses lois propres, harmoniquement liées aux lois des autres êtres. Toutefois le mot organisation se prend le plus communément en un sens moins général, exclusif d'une certaine classe d'êtres, qu'on n'a jamais^ que nous sachions, bien rigoureusement définie. Quant à nous, nous appelons inorganiques les êtres tels que chacune de leurs molécules, radicalement indépendante, est l'être essentiel tout entier, de sorte qu'on ne peut concevoir entre elles d'autre distinction, qu'une pure distinction numérique.

Ces molécules diffèrent dans les corps différents, et les différences par lesquelles elles se spécifient, se manifestent, à l'égard des autres corps, par la dif-

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férence des affinités, fondement principal de la détermination des espèces chimiques , et en chaque corps particulier, par le mode d'agrégation de ces mêmes molécules, mode dépendant de l'affinité de la forme pour elle-même. Ici comme partout, nous ne considérons que l'ensemble des phénomènes dans leur plus grande généralité.

Parmi les modes d'agrégation, les uns s'offrent à nous sous une apparence confuse, les autres nous présentent des dispositions régulières. Nous disons une apparence confuse, parce que tout, dans le fait, est soumis à des lois d'ordre qui excluent Vidée de confusion réelle; mais, le plus souvent, ces lois nous échappent lorsqu'elles ne se manifestent pas par des effets aisément appréciables, par des relations symétriques, qui sont pour nous le caractère le plus sensible de la régularité.

Ce caractère apparoît surtout dans le mode d'agrégation si remarquable qu'on appelle cristallisation. Et comme la cristallisation n'affecte que des corps complexes, on est obhgé de reconnoître aussi la complexité des causes d'oii dépend ce mode d'agrégation. Si l'on considère uniquement le corps déjà formé, sa cristallisation représente l'affmité spéciale de ses molécules les unes pour les autres, ou sa nature intrinsèque et propre. Si l'on considère isolément les éléments de ce même corps, on com-

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