LIVRE X\V. — CHAPITRE I«r
nul moyen de briser, en un point quelconque, le lien qui les enchaîne et les ramène à l'unité. Mais, dans celte unité, leur essence, bien que voilée souvent, se conserve invariable. Les êtres inorganiques, devenus les éléments des êtres organisés, combinés en eux, y subsistent selon leur nature, y demeurent soumis à leurs lois propres, combinées elles-mêmes avec les lois des êtres organisés et subordonnés à celles-ci, qui les dirigent à leurs fins spéciales.
Les trois grands ordres auxquels appartiennent tous les êtres de la Création, peuvent donc être regardés comme autant d'appareils immenses au moyen desquels les principes premiers, les causes primordiales, la force, la forme, la vie, identiques, dans le monde physique, avec Télectricité, la lumière et le calorique, accomplissent l'œuvre progressive du développement universel; et, dans chacun de ces appareils, chaque être distinct est à son tour un appareil particulier, destiné à diversifier l'action du premier, à la déterminer à certains effets indéfiniment variés, afin que tout ce qui peut être soit.
Nul être organisé, soit végétal, soit animal, n'a pu ni subsister ni se former, avant que la terre, en partie couverte par les eaux et entourée de son atmosphère, ne fût, sous ce rapport, telle à peu près que nous la voyons; car c'est de l'air et de l'eau
2S2 lie PAIITIE. — 1)E L'HOMME.
qu'originairement les êtres organisés tirent leur principal et presque leur seul aliment. C'est pourquoi, la constitution atmosphérique changeant, ces êtres aussi changent nécessairement; des espèces meurent, d'autres, appropriées au nouveau milieu, les remplacent, et la succession de ces espèces diverses, clairement marquée par Tordre de superposition de leurs débris dans les couches du sol, en nous instruisant des modifications que notre atmosphère a subies à différentes époques, aide à completter, en quelques-uns de ses points les plus importants, rhistoire physique du globe et celle de la vie à sa surface.
En général, les végétaux ont dû précéder les animaux, ceux du moins dont ils sont la nourriture indispensable, et la même raison fait comprendre que les animaux carnivores n'ont pu naître qu'après ceux dont ils font leur proie.
Cependant le végétal et l'animal diffèrent tellement par le caractère respectif de leurs fonctions, par leurs propriétés, par leur mode d'existence, que, quoi qu'il en soit de l'ordre relatif de la formation des espèces dans Tun et l'autre règne, leur origine, en ce que chacun d'eux a de primitif et de plus simple, a pu être contemporaine. Comme la lumière et la chaleur développent dans les eaux calmes des végétaux rudimentaires, elles y développent aussi