‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 13 sur 229 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ÉVOLDTION DE L^UNIVERS, ET SES RAPPORTS AVEC l'ÉYOLïJTION DE LA SCIENCE.

En traitant de la Création *, nous avons montré qu'essentiellement finie, le temps étoit dès-lors, en ce qui touche la durée, son mode d'être nécessaire ; qu'elle impliquoit en outre, à. Tégard de sa cause, une idée de postériorité, et qu'ainsi Ton ne pouvoit la concevoir éternelle, selon le sens propre du mot, quoique Facte créateur, participant au mode d'être de Dieu, fût en dehors du temps.

Nous avons aussi établi, chose d'ailleurs évidente de soi, que l'acte par lequel Dieu crée, acte pur de sa toute-puissance, étoit radicalement incompréhensible à la créature, qui ne sauroit comprendre l'infini. D'où il suit que le terme de cet acte souverainement hbre % ou la Création effective, concrète, est, quant à nous, un simple fait, et que ce fait, soumis de toute nécessité aux conditions du temps, implique

' Tome P% page 135 seq, ^ Ibid, p. 114 seq.

28 lie PARTIE. — DE L'UOMDIE.

par son essence une durée successive, qui implique elle-même une origine, un commencement.

La Création implique encore, avec un progrès perpétuel, sans quoi elle n'auroit aucune raison, un ordre de développement déterminé par les lois générales des êtres*. Plus complexes à mesure qu'ils

* Résumons ici quelques principes qui , selon nous, dominent toute la philosophie de la Science, et que dès-lors il importe, en s'occupant de la Science même, d'avoir sans cesse présents à l'esprit. Quelques vues indiquées seulement, touchant les énergies premières ou les causes générales physiques, seront développées plus amplement dans la suite de ce volume.

On ne peut concevoir l'Univers hors de Dieu , puisqu'on ne peut concevoir d'espace hors de l'immensité. In Deo vivimus , et movemur, et sumus.

On ne peut concevoir l'Univers que comme la manifestation finie d'un type infini qui est en Dieu et qui est Dieu même ; et par conséquent il renferme, avec l'idée d'infini celle d'unité dans son modèle éternel, et l'idée de fini dans la réalisation i)résentede ce modèle.

Mais l'Univers n'auroit pas de raison, s'il n'existoit en lui une perpétuelle tendance à reproduire son type , c'es-à-dire , l'Unité infinie ou Dieu lui-même, une tendance à réaliser l'équation suivante :U:r=T=:X, éijuation impossible, à raison de l'essence même de ses deux termes U et T, U étant nécessairement fini , et T nécessairement infini.

On ne peut donc concevoir l'Univers comme actuellement terminé , et il seroit impossible qu'il fût, s'il n'étoit pas une création incessante.

Cela posé, et entrant maintenant dans la question physique, il sembleroit raisonnable de se représenter la ciéation elle-même comme une effusion perpétuelle de tout ce (|iie renferme l'Etre divin, c'està-dire \\m effusion de force , de formes et de vie , et conséquemment de la substance dont la force , la forme , la vie , ou le principe qui unit la force à la forme , sont des propriétés nécessaires.

Mais ces trois énergies, ces trois propriétés nécessaires de la substance, nécessairement finies hors de Dicir, existent nécessairement

Page 1