‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 14 sur 229 · LIVRE Xe. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Xe. — CHAPITRE II

s'élèvent, leur production suppose l'existence antérieure d'êtres plus simples, qui en sont les éléments nécessaires; de sorte qu'on est forcé, en remontant toujours, de se représenter l'Univers à un premier état de simplicité telle, qu'on ne pourroit, sans altérer fondamentalement la notion même de l'être, en imaginer de plus grande.

Sitôt, en- effet, qu'elle cherche à concevoir les phénomènes, à s'expliquer leur production et leur enchaînement, la Science rencontre le problème de la formation des mondes, dégagé des questions secondaires de leur constitution physique. Elle ne

hors de lui sons des conditions de limite ou des conditions matérielles. Donnons-leur des noms connus de nous; appelons respectivement électricité, lumière, calorique, la force, la forme, la vie, subsistant dans le monde physi(iue sous des conditions matérielles; admettons ce langage comme l'expression, quant à i)résent, d'une simple hypothèse: dans cette hypothèse , qui sera rigoureusement discutée plus tard , on se reprcsenteroit l'Univers comme un océan de ces trois fluides inséparables au sein de la substance qui les impli(iue tous avec une égale nécessité , océan non-seulement sans bornes assignables, mais sans bornes naturelles, puisque ces bornes fuiroient toujours. Dans cet océan homogène apparoîtroient successivement, selon les lois générales du tout, les êtres divers dont la lumière contient les germes innombrables , que l'éleetricité développe , que le calorique anime.

Ainsi s'organiscroient, par un travail sans fin, dans l'espace se dilatant toujours, des mondes nouveaux, où se réaliseroient, sous les conditions de la durée successive, toutes les modifications possibles de l'Etre universel se manifestant, an moyen de la limite, en dehors de son unité actuellement aj3Solue , dans la série des êtres finis, enchaînés l'un à l'autre par les mômes lois qui ramènent en Dieu leurs essences typiques à l'unité de l'essence infinie.

sauroit cependant remonter au-delà de ses propres principes, c'est-à-dire des lois les plus générales qu'elle soit parvenue à constater, ni par conséquent au-delà des faits immédiatement dépendants de ces lois, qu'elle considère, non dans leurs causes effectives, mais exclusivement dans le mode d'action de ces causes qui, ne tombant point sous l'observation. De peuvent être aperçues et saisies que par l'esprit seul dans la région des idées pures. iVinsi la Science admet entre les corps une attraction universelle, sans l'expliquer, sans la définir, sans dire ce qu'elle est en soi, cause inconnue dans son essence, révélée seulement par les faits, d'où se déduisent ses lois ou son mode d'action. Elle admet des faits d'étendue et des faits de mouvement, sans davantage expliquer le causes efficientes du mouvement et de l'étendue, dont elle se borne à constater les lois logiques qui constituent la géométrie et la mécanique, lois liées à celles du nombre ou de la langue propre de la limite, et qu'elle exprime directement. C'est qu'en effet, la science partielle qui a pour objet le monde extérieur, renfermée dans l'enceinte de ce que les sens perçoivent, n'étudie, ne combine que des rapports entre les limites; et l'attraction elle-même, soumise à cette règle fondée sur la nécessité des choses, n'a de place dans celte science que par la seule action qu'elle exerce sur les corps en raison

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