LIVRE Xn«. — CHAPITRE lie
carbone et de Tammonium : qu'aura-t-on dit ? qu'aura-t-on défini? L'esprit sera-t-il satisfait? Ne sentira-t-il pas dans cette réponse un vide immense ? Ne sera-ce pas comme si, dans un vaste musée, demandant ce que ce sont que ces tableaux, on répondoit : c'est du blanc, du jaune, du rouge et du bleu? Je choisis à dessein cette comparaison. Les couleurs sont les matériaux ; mais le type, l'idée n'est-elle rien? N'est-elle pas le tableau même? et, bien qu'elle ne puisse être matériellement réalisée qu'à l'aide des couleurs , ne di(Tère-t-elle pas des couleurs et de leur arrangement physique, qu'elle a dû précéder pour qu'il eût une cause ?
L'idée, dans la nature, c'est la forme ; les couleurs sont les éléments matériels de la forme, ou les formes plus simples qu'implique toute forme complexe.
Lorsque, ayant remonté par une suite d'analyses chimiques, aux premiers éléments d'un corps organisé, on trouve qu'il se compose originairement de certains gaz, et qu'ensuite, considérant les parties diverses de ce corps , ses divers tissus, ses liquides divers, on dit que ce sont des transformations de ces gaz, on use d'un mot très-équivoque. Car il peut signifier ou que ces gaz ont cessé d'être, ce que les faits démentent , puisqu'on les retrouve inaltérés après la décomposition du corps; ou que le corps résulte d'un simple arrangement de leurs molécules,
de sorte que toutes les variétés que présentent les êtres, ne seroient qu'autant d'arrangements divers de ces molécules; ou enfin que, devenus les éléments d'une forme plus complexe dont le développement s'est accompli, absorbés par elle, ils subsistent en elle, suivant un mode de combinaison qui les soumet à ses lois propres et les ramène à son unité \ Car autre cbose est qu'une forme implique en soi, dans son essence , et conséquemment dans sa réalisation corporelle, d'autres formes plus simples, ou qu'elle ne soit qu'un assemblage, un pur rapprochement dans l'espace de ces formes plus simples. La différence est de même ordre que celle qui distingue en chimie les mélanges des combinaisons. Au fond, il s'agit de savoir s'il existe des essences diverses, immuables, éternelles, typiquement unes, quelle que soit la complexité de leurs éléments nécessaires; si, dans le développement continu de la Création, ces essences se produisent en elle, à
• La géométrie offre, dans sa sphère, des exemples perpétuels de cette sorte de fusion. Qu'avec des figures simples on construise une figure composée, un (juadrilatère , par exemple , avec des triangles; les triangles existeront réellement dans le quadrilatère, et on les y retrouvera en décoii posant celui-ci. Néanmoins, pendant qu'ils en sont une partie inlégtante, leuis propriétés, leurs lois, tout ce (luî dépend de leur essence proi»re, est ramené aux lois, aux proj)riétés essentielles du quadrilatère et absorbé dans son unité. Les formes qui constituent distinctivement les êtres, s'encluiînent et se combinent dans la nature, comme les figures s'enchaînent et se combinent dans la géométrie.