‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 134 sur 229 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

DE l'unité et de la VARIÉTÉ DANS l'dNIVERS.

Plusieurs causes dont l'exposition appartient à l'histoire du développement de l'esprit humain, amenèrent , il y a trois siècles, la séparation systématique de la science de Dieu et des réalités immatérielles , de la science de la Nature et des réalités physiques. De là sont résultées des conséquences qui se font sentir, aujourd'hui surtout que le progrès même de cette dernière science Fa forcément conduite à se poser des prohlèmes qu'elle ne peut résoudre par ses seuls principes. A mesure qu'à Taide de l'observation, elle avançoit dans la connoissance des phénomènes, elle découvroit entre eux des liens de plus en plus étroits, qui, se résolvant en des lois de plus en plus générales , l'obligeoient à s'élever toujours , à rechercher toujours quelque chose de dernier qui comprît tout le reste : c'est-à-dire, que de la variété elle remontoit à l'unité, en vertu d'une tendance inhérente à la raison même, qui, concevant l'être en soi comme nécessairement un, et ne

concevant rien hors de l'être, trouve dans cette unité infinie, absolue, l'origine et le terme de l'évolution de la science.

Ainsi, par cela même qu'on ne peut concevoir Tunité première sans la concevoir absolue et conséquemment infinie, la science du fini appelle la science de l'infini, la science de TUnivers celle de Dieu : car le continrent a sa raison dans le nécessaire , et , séparé de lui , n'est qu'un fleuve sans source. Mais si, d'une autre part, en méditant sur Dieu, on s'arrête uniquement à son unité, on renonce à le connoître, à connoître sa nature, ses lois, ce par quoi enfin il est intelligible, déterminé, vivant, les nécessaires conditions de son être et de tout être; et dès-lors, à jamais stérile, l'incomplette notion qu'on s'en est formée, ne l'expliquant luimême en aucune façon , ne sauroit servir à expliquer rien de ce qui existe hors de lui. C'est le vice radical du pur déisme, et la cause qui a mis un invincible obstacle à tout progrès de la science chez les peuples dont il a constitué la religion.

En effet, l'idée d'unité ne contient pas l'idée de variété, elle l'exclut au contraire. L'idée de variété dérive de l'idée de l'être, non en tant qu'il est un, mais en tant qu'il est être, car aucun être ne seroit possible s'il n'étoit déterminé, ou s'il n'avoit en soi quelque chose qui, le constituant ce qu'il est, le dis-

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