LIVRE Xlie. — CHAPITRE II
tingue de ce qui n'est pas lui et Ten rend discernable. Ce par quoi l'être est un, n'est donc pas ce par quoi il est déterminé. Il est un par sa substance qui ne se conçoit que comme une; il est déterminé par la forme qui implique la diversité. La substance principe d'unité, la forme principe de variété, sont donc essentiellement renfermées l'une et l'autre dans la notion de l'Etre absolu, et conséquemment dans celle de tout être.
En ce qui touche l'unité, la science des phénomènes ou du monde physique , isolée de celle du monde spirituel, et systématiquement réduite aux seuls principes déduits de l'expérience acquise par les sens, n'admet de réel que ce qui subsiste sous les conditions de Fétendue, considérant tout le reste comme de pures abstractions dépourvues de réalité objective. Dès-lors, pour elle, l'idée de substance se résout dans l'idée de matière, c'est-à-dire, en usant de ses termes mêmes, d'un je ne sais quoi qui est le fonds premier , universel de toutes choses, et qui, en ce qu'il a de plus général, se caractérisant par ce qu'on appelle l'étendue, à cet égard ne s'en distingue pas L'unité de laquelle tout dut sortir originairement, dans laquelle se résument toutes les causes et tous les effets , il faut donc qu'elle la cherche dans ce je ne sais quoi \ dans cette matière
• Expression de Ilerschel , dans un passage précédemment cité.
268 ne PARTIE. — DE L'HOMME.
primordiale, telle qu'on peut se la représenter avant qu'il se fût produit en elle aucune des modifications qui, plus tard, constituèrent les êtres divers. Or, la matière étant indéfiniment divisible, l'unité, sous ce rapport, est contradictoire à son essence. On est donc obligé de la concevoir sous une autre notion, ou de concevoir la matière comme un assemblage de molécules rigoureusement similaires; de sorte que Tunité dont elle est susceptible, laissant subsister la multiplicité, seroit, dans cette multiplicité même, l'identité parfaite de nature ou d'essence des molécules dont elle se compose ^
Suivant cette conception, la matière est' la sub-
^ Remarquons ici, l» que s'il n'existe rien hors de la matière, il n'existe rien d'infini, puis(iu'il est de l'essence de la matière d'être composée de parties, que chacune de ces parties est limitée ou tinie, et que la somme de termes finis ne sauroit être infinie. 2" Que la matière étant, d'une part, essentiellement finie, et, d'une autre part, nécessaire, puisciu'existant seule elle a en soi la raison de son existence, toutes les combinaisons possibles entre ses molécules sont elles-mêmes exprimées par un nombre fini, et que dès-lors, la nécessité d'être inhérente à la matière impli(iuant l'éternité de son être, toutes ces combinaisons possibles, quelque prodigieux qu'en soit le nombre, ont été maintes et maintes fois épuisées déjà; qu'ainsi, le progrès rencontre une limite infranchissable, devant la(|uelle tout s'arrêteroil dans un repos absolu, s'il ne s'opéroit un mouvement rétrograde, qui oblige de concevoir l'Univers comme un cercle éternel de productions et de destructions alternatives, une sorte de toile, sur laquelle le doigt d'une fatalité aveugle n'écrit que pour effacer, n'efface que pour écrire derechef, sans fin, sans terme, une phrase dont le sens n'est jamais complet pour l'homme même dont la pensée embrasse l'inlini.