‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 136 sur 229 · LIVRE XII". — CHAPITRE îlie · texte numérisé non relu

LIVRE XII". — CHAPITRE îlie

stance même. Rien donc n'existant que substantiellement, rien n'existe qui ne soit matériel, c'est-àdire divisible, c'est-à-dire limité, fini : et comme la divisibilité ou la limitation , inséparable de retendue, constitue Tessence propre de la matière, le caractère unique par lequel il soit possible de la définir généralement, que la limitation n'offre qu'une idée purement négative, il s'ensuit que, voulant s'expliquer les choses, leur origine et leur développement, on leur donne pour principe générateur une négation.

Les difficultés, les obscurités qui, dans l'application des théories fondées sur cette base, se multiplient à mesure que, remontant la série des phénomènes , on approche davantage de ses premiers termes , l'impuissance de se rendre compte de ces premiers termes, les ténèbres épaisses que rencontre la pensée là oia la lumière devroit être plus vive, n'ont pas d'autre cause que le vice radical de toute conception au moyen de laquelle on s'efforce de trouver l'origine, la raison du fini dans le fini même.

Nous venons de voir que l'unité, suivant l'acception absolue du mot, étant contradictoire à la notion de la matière, se réduisoit à l'hypothèse de la simplicité primitive et de la similitude rigoureuse de ses molécules.

Mais, ce point admis, comment concevra-t-on la variété, et d'où naîlra-t-elle ?

Il est clair, d'abord, que toute cause possible étant renfermée dans ce qui seul existe ou dans la matière, et la matière étant rigoureusement homogène et simple, il n'existe non plus, cela posé, qu'une seule cause possible, laquelle éternellement ne peut produire qu'un seul effet, effet qui n'est que la matière elle-même, alternativement considérée sous le double aspect de son être et de son intrinsèque raison d'être.

Chacune de ses molécules, en tout pareille aux autres, sans que Ton puisse imaginer entre elles d'autre distinction qu'une distinction purement numérique, représente, quant à son essence, la totalité de la matière, qui n'est que la somme de ces molécules similaires. Essentiellement identiques, d'après l'hypothèse, elles ne sauroient cesser d'être telles; car, pour que les différences originairement exclues pussent ensuite se produire, il faudroit une cause qui les produisît, il faudroit que l'essence une et nécessaire de la matière nécessaire, agît sur ellemême pour se changer, et agît d'autant de manières diverses qu'on admettroit de différences réelles.

Or, une essence qui change, qui, sans cesser d'êlre, cesse d'être elle-même, et cela en vertu de l'action qu'elle exerce sur soi, une essence créatrice

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