LIVRE XII®. •— CHAPITRE lUe
d'autres essences exclusives de ce qui la constitue radicalement, puisqu'on la suppose rigoureusement simple; ce sont là des contradictions qu'on ne. pouvoit songer à prendre pour base philosophique de la science.
On a donc été contraint de chercher à la variété une autre origine, de la rapporter à une cause compatible avec la notion que forcément l'on s'étoit faite de l'unité, ou compatible avec l'hypothèse de la simplicité absolue de la matière. Cette cause qui ne réside pas, au sens que Ton vient d'expliquer, dans la matière conçue en soi, qui n'est pas la matière elle-même effective, substantielle, on a cru la trouver dans le mouvement. Mais le mouvement ou la translation, le déplacement des choses, n'est pas un principe des choses; il n'est, à leur égard, qu'un moyen d'arrangement, de disposition dans l'espace. La variété, dès-lors, considérée dans tous les ordres, des corps inorganiques jusqu'aux plus élevés des êtres organisés, n'a pu être que la diversité des arrangements produits par le mouvement dans les molécules similaires de la matière essentiellement simple. C'est aussi ce qu'on admet, et cette conséquence évidente est un des points fondamentaux de la théorie que nous examinons.
Mais ici se présentent des difficultés nouvelles. S'il n'existe qu'un principe des choses essentielle-
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ment simple, il n'existe non plus qu'une cause unique et simple. Or, comment une cause unique et simple détermineroit-elle le mouvement à des effets indéfmiment divers?
Comment des arrangements géométriques divers entre des molécules similaires, des relations diverses de distance, créeroient-elles dans ces molécules des propriétés effectives qu'auparavant elles ne possédoient point, des propriétés qui, à raison de leur diversité même, seroient contradictoires à l'essence une et simple des molécules qu'on en suppose douées? Car si ces propriétés existantes de fait ne résidoient pas dans les molécules, elles résideroient dans leur arrangement qui n'a rien de substantiel, qui n'est qu'une modalité extérieure à elles : et comment concevoir les propriétés physiques d'une pure modalité? Gomment en concevoir l'action réelle dans la production d'un phénomène quelconque? Visiblement il est impossible, et, par cette voie, le matérialisme du point de départ aboutiroit à un idéalisme absolu.
On ne conçoit pas davantage, on conçoit, s'il se peut, encore moins, comment l'organisation avec son intime unité, sa spontanéité vivante, ne seroit qu'un pur arrangement de molécules similaires. Disposées d'une certaine façon à l'égard Tune de Tautre, d'isolées qu'elles éloient originairement dans