‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 142 sur 229 · LIVRE Xïi®. — CHAPSTr.E îlie · texte numérisé non relu

LIVRE Xïi®. — CHAPSTr.E îlie

tout être, Lien que circonscrit immuablement en soi, invariable et impérissable en ce qui fait son essence, représente et renferme, dans cette essence complexe, les essences inférieures qu'implique et qu'absorbe son unité plus élevée.

Ce qu'on nomme les milieux ne peut être conçu comme le principe de la variété, car les milieux euxmêmes la supposent; ils supposent un ensemble de corps de natures diverses, éléments nécessaires sans doute de ceux qui se produiront ensuite, mais non leur cause réelle, puisque, s'ils l'étoient, ils n'en auroient eux-mêmes aucune, pouvant tous être ramenés par de successives décompositions, à quelque cbose de plus en plus simple, et finalement à la substance primitive et pure, dans laquelle, s'il n'existe un principe essentiel de forme, il n'existeroit non plus aucun principe de variété, ou aucune cause possible de milieux autres qu'elle-même.

Les faits viendront bientôt confirmer ces vues de la raison. Ajoutons seulement qu'à cet égard ce qui trompe l'esprit, ce qui l'entraîne à des conclusions trop hâtives, ce sont, dans le règne inorganique surtout, les affinités réciproques des formes, d'oii naissent, par les combinaisons de celles-ci, des corps nouveaux. On confond le mode de production avec la cause productrice, les éléments de la forme complexe avec la forme intégralement une. Si l'on n'em

280 Il« PAKTIE. — DE L'HOMME.

brasse l'ensemble des êtres, leurs lois générales, leurs lois premières restent en partie voilées, parce qu'elles n'ont pas en chacun d'eux leur expression également complette, également apparente, et que dès-lors elles ne ressortent clairement que de la comparaison de tous les ordres de phénomènes.

Pour la physique, l'unité se résout dans Tunité de Téther ou d'un fluide primordial qui, remplissant l'espace, est à la fois le lieu des corps et leur fonds substantiel, puisqu'il les a précédés tous. Mais ici déjà se manifeste la nécessité de remonter au-delà du monde phénoménal pour satisfaire pleinement l'esprit et constituer philosophiquement la science. Qu'est-ce, en effet, que l'éther en ce qu'il a de radical? Un fluide divisible, un fluide homogène. Il est donc forcément conçu comme un assemblage de molécules essentiellement les mêmes, et discernables seulement au moyen de ce qui opère leur séparation numérique. Par son essence, l'éther est donc un de 1 unité la plus absolue, il est ce que l'esprit conçoit sous le nom de substance : par ce qui le rend divisible, il est multiple ou composé de parties. Or, être divisible, multiple, composé de parties, c'est être affecté d'une limitation. La notion de l'éther enferme donc l'idée positive de substance et l'idée négative de limitation : l'éther n'est donc que la substance limitée ou finie.

Page 1