‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 144 sur 229 · LIVUE XII®. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVUE XII®. — CHAPITRE III

montré encore, les faits ne permettent pas d'admettre que les formes, les natures diverses ne soient que des modes divers d'agrégation de molécules similaires \ On est donc obligé de concevoir la forme comme quelque chose d'essentiel et de premier, comme une énergie nécessaire et nécessairement inhérente à chaque être effectif qu'elle détermine à être distinctivement ce qu'il est; et dès-lors de concevoir chaque forme diverse comme éternelle en soi, immuable et inaltérable.

Bien que les formes ne soient pas de simples modes d'agrégation de molécules similaires, elles ne laissent pas de déterminer, comme cause au moins principale, ces modes d'agrégation, et c'est pourquoi ils doivent être rangés parmi les manifestations de la forme. Toutefois dans les corps inorganiques ce qu'elle a de plus intime se manifeste par Taffinité.

Sous certaines conditions données de température et de pression, l'affinité de la forme pour elle-même produit la cohésion dans les corps homogènes, en cela distincte de l'attraction qui ne produit que la contiguïté. Les affinités réciproques des corps ma-

^ On sait combien de causes peuvent changer, même instantanément, le mode d'agr(^gation des molécules d'une masse de fer, par exemple, sans que le fer cesse d'êlre, sous tous les autres rapports, ce qu'il éloit auparavant. Une forte percussion en un point donné suffit quelquefois pour produire cet effet.

nifestent les rapports des formes, les lois selon lesquelles elles tendent à reproduire en s'unissant la forme infinie. On nomme combinaison cette union de formes diverses, d'où résulte une forme nouvelle plus complexe; et dans cette évolution de la forme consiste le progrès tout entier de la Création.

Mais qu'est-ce, en chimie, qu^une combinaison, et que se passe-t-il quand deux ou plusieurs corps se combinent?

Ce qui distingue la combinaison du simple mélange, est que, dans celui-ci, à quelque degré de ténuité qu'on suppose réduites les molécules des corps, elles continuent de subsister séparément selon leur nature propre, sans qu'un corps dilîérent ait été produit, tandis que la combinaison atteint les natures mêmes absorbées dans une autre nature caractéristique d'un corps nouveau. La combinaisoa n'est donc pas un pur rapprochement dans l'espace des molécules étendues des corps; elle alîecte les essences, et dès-lors ne peut être conçue que comme l'absorption de certaines formes par une autre forme dont l'unité complexe les imphque comme ses éléments nécessaires ; pareille en cela, dans la mesure de sa hmitation, à la forme infinie dont l'unité implique toutes les formes finies. Pour qu'une forme supérieure ou plus complexe puisse être réalisée physiquement, il faut donc que les formes élémen-

Page 1