‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 154 sur 229 · LIVRE XII^ — CHAPITRE IVe · texte numérisé non relu

LIVRE XII^ — CHAPITRE IVe

doit juger les récents efforts d'an homme de génie pour imprimer aux sciences naturelles une direction dont l'importance se fera chaque jour mieux sentir. Car, après avoir constaté, par une analyse patiente et profonde, les différences des êtres ou la /variété et ses lois, il falloit que la synthèse, rassemblant ces éléments divers, les organisât,, pour ainsi parler, en un tout harmonique, selon des lois plus générales, les grandes lois de Tunité, qui dominent toutes les autres. Or, si quelquefois elles échappent, dans le détail des phénomènes, à l'œil qui cherche à les découvrir, elles apparoissent brillantes de clarté dans ce que ces phénomènes ont d'universel; et c'est alors qje l'esprit conçoit comment, loin de s'exclure, la variété sort de l'unité et y est ramenée, toutes deux inséparables, toutes deux subsistant selon leur essence respective.

N'est-il pas évident que l'unité des êtres est d'autant plus parfaite qu'ils sont [)lus complexes, que leur forme implique un plus grand nombre de formes inférieures? Quelle distance, sous ce rapport, d'un corps inorganique, simple agrégation de molécules indépendantes, au végétal dont les parties, se supposant Tune l'autre, concourent par des fonctions diverses à une même fm ! Quelle distance de celui-ci au mollusque, et du mollusque au vertébré ! Sans anticiper sur ce qui devra être dit plus

tard, ne voit-on pas déjà que, dans le progrès des choses, chaque type, restant immuable en soi, est l'élément d'un type supérieur qui l'absorbe, se l'assimile en l'assujettissant à ses lois, avec lequel il devient un, de cette unité complexe que tout à l'heure nous faisions remarquer dans la série ascendante des êtres?

Il est donc très-vrai, en ce sens, que le développement de la Création est comme le développement continu, perpétuel d'un seul être, parce qu'elle n'est, en effet, que la réalisation, dans le temps et l'espace, de l'Etre infini, dont la forme infinie comprend toutes les formes limitées possibles. Tout part de son unité, tout gravite vers son unité et s'en rapproche incessamment, suivant les lois de cette unité même, par une évolution sans terme, l'infini ne pouvant être reproduit sous les conditions du fini. Ainsi l'unité de l'Univers va sans cesse croissant, et croissant par le développement de la variété même. L'une et l'autre sont inséparables, elles s'impliquent mutuellement, s'engendrent mutuellement, de sorte que Tune sans l'autre n'est pas seulement incompréhensible, mais contradictoire ; car otez l'unité, plus de substance, plus de variété possible dès-lors; otez la variété, vous otez la forme, vous détruisez, avec l'idée de détermination, l'idée même de l'être.

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