CHAPITRE V
LOIS GÉNÉRALES DE L ORGANlSATIOIi.
Le seul caractère cliimique qui distingue fondamentalement les corps organisés des corps inorganiques, est la plus grande complexité des combinaisons qui s'opèrent dans la production des premiers, les corps inorganiques résultant, comme nous l'avons dit ailleurs, de combinaisons binaires simples ou doubles, ou enfin d'un composé binaire avec un corps simple, tandis que les corps organisés résultent de trois, quatre éléments ou davantage, unis ensemble d'une manière immédiate, sans avoir préalablement formé une combinaison binaire. Mais cette différence ne suffit pas pour définir l'organisation, pour en fixer la notion exacte. Quelles que puissent être les combinaisons exclusivement chimiques, elles ne sont que le résultat de pures actions moléculaires, qui, quelque variées quelles puissent être, ne produisent jamais que de simples agrégations de particules homogènes, lesquelles, alors même qu'elles adhèrent plus ou moins Tune à l'autre par l'affinité de cohé-
sion, subsistent indépendantes, individuellement coiTiplettes selon leur nature, sans aucune solidarité. Le corps, dont la masse peut croître ou diminuer indéfiniment^ n'est qu'un assemblage de' ces molécules pareilles en tout, et chacune d'elles est le corps tout entier quant à son essence.
Au contraire, l'organisation implique une intime solidarité entre les parties diverses du corps organisé , qui dès-lors n'est plus un simple assemblage de molécules similaires localement rapprochées, mais, sous des dimensions qui ne varient qu'en des limites assez étroites, sous une forme extérieure déterminée par des lois constantes, une complexe unité dans laquelle apparoissent des phénomènes nouveaux dépendants de cette unité même, le jeu compliqué des organes et l'harmonie de leurs fonctions respectives, la spontanéité des mouvements, la production d'une chaleur propre, et, en s'élevant toujours, la sensibilité, l'instinct, la pensée avec tous les dons qu'elle implique dans la plus parfaite des créatures connues de nous, dans l'homme.
Les physiologistes ont appelé vie, ce mode d'être supérieur, et comprenant sous ce nom ses conditions les plus générales communes à tous les corps organisés, ils en ont recherché la cause. Ils ne pouvoient pas la trouver, car elle est en dehors de la sphère où se renferme leur science, et c'est ce qui explique
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le peu de succès de leurs efforts. Ecoutons deux des plus justement célèbres :
(( Si nous posons la question de savoir sur quoi « repose la propriété qu'ont les corps organiques de « présenter cette disposition, cette combinaison et (c cette réciprocité d'action dans les parties dont « ils sont composés, nous n'avons d'autre réponse (( à faire, sinon qu'on la doit chercher dans leur (c substance matérielle même, dans la matière or- {( ganique K ))
(c Si, pour nous faire une idée juste de l'essence c< de la vie, nous la considérons dans les êtres où (( ses effets sont le plus simples, nous apercevons « promptement qu'elle consiste dans la faculté (C qu'ont certaines combinaisons corporelles . de (( durer pendant un temps et sous une forme « déterminée, en attirant sans cesse dans leur « composition une partie des substances envier Tonnantes, et en rendant aux éléments une partie « de leur propre substance. La vie est donc un « tourbillon plus ou moins rapide, plus ou moins « compliqué. ^ »
La vie est un tourbillon : la raison de l'organisation doit être cherchée dans la matière organique. Qu'apprennent ces réponses à la question posée^
» Tiedemann , tome I, p. 120.
* Cuvier, le Règne animal ^ tome I, p. 12.
qu'éclaircissent-elles ? et en quoi est-on plus près de sa solution qu'auparavant?
Toute opinion théorique à part, les physiologistes, dominés par l'évidence des faits et de leurs conséquences immédiates, sont à peu près unanimement d'accord sur deux points d'une importance fondamentale, à savoir, que la formation des êtres organisés ne dépend d'aucune cause mécanique ou chimique, et qu'elle n'est pas non plus l'effet des actions réciproques des parties, organisées ellesmêmes, dont ils se composent, puisque ces parties qui ne sont que le corps même considéré dans sa complexité, ne préexistent pas à sa formation. Nous ne citerons qu'un témoignage, mais nous le citerons avec étendue, parce qu'il résume mieux que nous ne pourrions le faire et avec plus d'autorité, l'état de la science sous ce rapport.]
{( Les mouvements de formation, sont, comme « il a été démontré plus haut, différents de tous « ceux qu'on observe dans les corps sans vie, et « on ne peut les expliquer par aucune cause méca- (( nique ou chimique. Voilà pourquoi nous les avons « considérés comme des effets d'une force orga- « nique spéciale, la force de formation ou de nutrii( tion.
« Nous devons considérer tous les mouvements • Tiedemann, tome I, p. 630.
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de nutrition et d'accroissement qui accompagnent la formation et le développement des diverses parties des plantes comme des phénomènes vitaux qui sont produits et réglés, non par des < causes mécaniques, mais uniquement par un ( principe intérieur, la force plastique. Des in- ( fluences du dehors, ou des stimulations exercées ( sur les végétaux vivants, sont à la vérité néces- ( saires pour les manifestations du mouvement, ( mais elles ne le sont qu'autant qu'elles sollicitent la force plastique à entrer en jeu : elles ne déterminent point la direction des mouvements de formation, qui est la conséquence du caractère spécial de la force plastique de chaque espèce de plante, laquelle dépend elle-même, dans son activité, de l'opération productive de la graine végétale par les organismes qui lui ont servi de parents. Les mouvements de développement et d'accroissement sont, en outre, arrêtés par diverses influences qui anéantissent la force plastique, comme par un degré fort élevé de chaud ou de froid, par de violentes secousses électriques et par les poisons \
^ Nous ferons remarquer que ces trois causes dont l'action attaque et détruit l'être organisé, lorsqu'elle cesse d'être en rapport avec ses lois propres, correspondent aux trois principes universels des choses, le principe de force ou de mouvement, le principe d'union ou de vie dont la chaleur est la manifestation, et le principe de forme. Les