‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 161 sur 229 · LIVRE XII*. — CHAPITRE Ve · texte numérisé non relu

LIVRE XII*. — CHAPITRE Ve

l'un l'autre, se pénètrent sans se confondre, inséparablement unis dans l'organisme général, qui ne subsiste que parleur union.

Ces appareils divers établissent chaque être dans un mode de relation conforme à sa nature, avec les fluides primordiaux, l'électricité, la lumière et le calorique, qui n'étant que Téther même déterminé par ses énergies essentielles, constituent l'aliment universel. Les mêmes appareils établissent également chaque être dans un mode de relation conforme à sa nature, avec les autres êtres ou avec les corps qui, antérieurement développés, lui ont fourni les éléments immédiats de son propre développement, et continuent de lui fournir les matériaux que sa forme complexe s'assimile pour réparer ses pertes incessantes. Et comme de la complexité de la forme naît la complexité des organes, et de celle-ci celle des fonctions, chaque organe, chaque tissu se répare individuellement en vertu de l'action spéciale qu'il exerce sur l'aliment commun, que tous contribuent à élaborer selon les lois de l'organisme général.

11 se produit donc, par la nutrition, de la force, c'est-à-dire, ce par quoi l'activité interne se maintient, ou ce qui engendre le mouvement ; de la chaleur, manifestation propre de la vie ou du principe qui unit la force à la forme, laquelle détermine les

318 II* PARTIE. — DE L'HODiaiE.

directions du mouvement * ; des éléments moléculaires semblables à ceux dont se composent les divers tissus, qui, par eux, se renouvellent à mesure que les éléments antérieurs usés, altérés, sont éliminés de l'organisme, et ces différentes productions s'opèrent selon les lois physiques et chimiques invariables en soi, mais subordonnées à des lois supérieures, aux lois physiologiques qui les impliquent, comme, dans leur nature complexe, les êtres plus élevés impliquent les êtres inférieurs.

i' Bien que tout organisme ait en soi les moyens de se réparer, néanmoins il ne les possède que pendant

* Nous avons ûéya fait remarquer que dans l'ordre des créations humaines, les mômes lois se représentoient, parce que rien n'est possible en dehors d'elles; qu'une niacliine, par exemple, n'éloit que l'image imparfaite d'un être naturel, ou un être qui n'a pas en soi les conditions de son existence, de son action, de sa conservation et de sa reproduction. Pour qu'une machine agisse ou remplisse ses fonctions, que faut-il en effet? Qu'une force y soit appliquée, et (\ue cette force soit renouvelée à mesure qu'elle s'épuise par l'emploi qui en est fait. Il faut qu'elle reçoive certaines directions, lesquelles sont le résultat de l'organisation de la machine, de sa forme spécifique. Il faut conséquemment, que la force et ce qui la dirige, ce qui en détermine l'action, soient unis en chaque point du mouvement. Cette union, purement mécanique, ne dépend pas d'une cause interne, elle est artificielle, comme la force est ai tificielle, comme la forme, l'oiganisatioa est artificielle ; et c'est pourquoi ce n'est pas la vie, mais l'image de la vie ; ce n'est pas un être, mais l'image d'un être. L'être a en soi sa raison d'être, son principe effectif, immuable, éternel; la machine ne l'a pas. Elle est l'œuvre contingente d'une pensée contingente, un instrument mort, un pur mécanisme inerte de soi, à l'aide duquel l'homme dirige les puissances physiques à certaines fins voulues de lui.

Page 1