‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 165 sur 229 · LIVRE Xïl®. — CHAPITRE V*. 32S · texte numérisé non relu

LIVRE Xïl®. — CHAPITRE V*. 32S

de multiplication numérique d'une même forme indivisible. Se représente-t-on chaque espèce végétale et animale ne se composant que d'un individu? Aliment nécessaire les uns des autres, quelle seroit la durée de chacun? Et quand cet unique individu se suffiroit à lui-même, encore faudroit-il, pour que Tespèce se conservât , qu'avant de disparoître il produisît un autre individu semblable, qu'il se multipliât.

Rien donc n*existe dans le monde physique que sous la double condition de l'unité et de la multiplicité, de l'unité de chaque forme essentiellement indivisible, de la multiphcité de cette même forme indéfiniment reproduite dans des êtres individuels en tout semblables par leur nature, numériquement distincts par la hmite qui les circonscrit.

11 suit de là qu'un corps inorganique homogène est tout entier, quant à son essence, dans la première de ses molécules que la puissance génératrice réalise physiquement ; que lorsqu'ensuite il se développe ou augmente de masse, son développement n'est autre chose que la production successive de molécules semblables, ou une génération continue, et conséquemment que, pour cette classe d'êtres, le développement et la génération identiques en soi, identiques dans leurs lois, ne sont, sous des noms divers, qu'un même fait relevant des mêmes causes.

326 Ile PARTIE. — DE L'HOMME.

Bien que, dans les êtres organisés, la complexité plus grande de la forme qui les constitue radicalement ce qu'ils sont, donne lieu à des phénomènes également plus complexes, et qui se dérobent dans leur origine à Tobservation directe, il est cependant aisé de concevoir que, relativement au développement et à la génération, ils ne diffèrent nullement au fond des corps inorganiques.

Leur caractère le plus général est d'offrir, dans Tunité toujours plus parfaite de Têlre à mesure que sa nature s'élève, une variété croissante aussi d'éléments divers, de tissus, d'organes, étroitement liés les uns aux autres, se supposant les uns les autres, n'ayant de vie enfin que par leur commune solidarité.

Décomposons par la pensée la forme une qui implique ces éléments divers, et considérons chacun d'eux à part. N'est-il pas évident qu'un tissu homogène se développe comme il s'est formé parla multiple production de molécules similaires, successivement réalisées par l'action des mêmes causes qui ont réalisé la première, par l'action, en un mot, de la puissance génératrice? Et puisqu'aux molécules déjà produites se substituent, lorsqu'elles deviennent impropres à remplir leurs fonctions, d'autres molécules semblables, en vertu du travail interne appelé nutrition, la nutrition n'est-elle pas aussi, à l'égard des tissus homogènes, une génération continue ?

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