‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 166 sur 229 · LIVRE XIV, — CHAPITRE t · texte numérisé non relu

LIVRE XIV, — CHAPITRE t

Maintenant, imaginons un être dont la forme essentielle implique un nombre donné de formes secondaires ; chacune de ces formes réalisées sous les conditions de Tétendue, se développera, se renouvellera dans ses molécules homogènes, comme le tissu dont nous venons de parler, selon les mêmes lois générales,et pour elle encore le développementqu'opère la nutrition ne sera qu'une génération continue.

Mais ces formes secondaires, simples éléments de la forme principale qui constitue Tètre, n'ont de vie et d'action que dans l'unité de celle-ci : la puissance génératrice qui se spécialise en chacune d'elles n'est donc que la puissance génératrice de la forme principale elle-même, dont le développement complexe enveloppe le développement particulier des formes secondaires que son essence implique.

Une fois réalisée dans un individu complet, cette forme principale continue de se développer à la manière des corps inorganiques, c'est-à-dire, par la production d'individus nouveaux en tout semblables au premier, et c'est à cette phase du développement de l'espèce qu'on a spécialement attribué le nom de génération, bien que la génération des individus multiples, en chacun desquels se renouvellent dans le même ordre tous les phénomènes qu'avoit présenté la génération du premier individu, n'en diffère en aucune façon.

En effet, les deux règnes végétal et animal commencent par des êtres relativement si simples, que leur mode d'existence et de croissance se distingue à peine, au point de vue où maintenant nous le considérons, du mode d'existence et de croissance des corps inorganiques. Les conferves, par exemple, et les éponges, pour ne pas descendre plus bas, que sont-elles, à bien peu près, qu'un amas de molécules homogènes vivantes, comme le corps inorganique est un amas de molécules homogènes inertes?

Au-dessus, même mode de formation, même mode de développement, seulement plus complexe. Quelle que soit d'ailleurs sa structure, tout végétal est composé d'individus semblables, groupés selon des lois générales que modifient en chaque espèce ses lois particulières, autour d'un premier individu qui en engendre un second, lequel en engendre un troisième, et ainsi indéfiniment, de sorte que le développement du végétal entier s'opère par cette génération progressive d'individus, entre lesquels se manifeste un foible commencement de solidarité. Chacun, complet en soi, est virtuellement tout le végétal, de manière que, séparé de la souche primitive et placé dans des conditions extérieures convenables, il vit et se développe selon les mêmes lois.

Certains animaux inférieurs ne présentent qu'une espèce de sac d'un tissu homogène, dont chaque

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