‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 167 sur 229 · LIVRE Xir. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE Xir. — CHAPITRE V

fragment, séparé du tout, reproduit, dans les milieux appropriés, un animal semblable. Ce tissu n'est donc également qu'un composé d'individus qu'unit un foible commencement de solidarité, et son développement, identique avec la production de ces individus, s'opère aussi dès-lors par une génération continue.

Même à des degrés que caractérise une organisation beaucoup plus compliquée, on voit encore les animaux se développer selon la même loi ^ et, comme le végétal, se reproduire de bouture, par des gemmes, des bourgeons, lesquels, tant qu'ils adhèrent à l'animal primitif, en forment une partie intégrante, et détachés de lui, vivent comme lui d'une vie propre et individuelle, parcourent les mêmes phases d'évolution, engendrant d'autres individus exactement pareils, par l'acte même de leur croissance.

Mais le végétal et l'animal offrent encore un autre

• Il faut distinjjuer dans les êtres dont nous parlons ici, comme dans ceux moins élevés encore dont nous avons parlé plus haut, deux ordres différents de solidarité. Ainsi, celle qui existe entre les parties constituantes de l'individu soit végétal, soit animal, est aussi intime, aussi complette qu'on la puisse concevoir, sans quoi l'être ne seroit pas un. Celle qui unit les individus dans la masse totale, les bourgeons, par exemple, dans la plante où successivement ils naissent les uns des autres, n'est au contraire qu'une solidarité commençante, et si foible qu'aucune condition interne de vie ne manque à l'individu détaché de cette masse.

mode de reproduction dont l'identité avec leur mode de développement, quoique aussi réelle, est moins apparente. Nous voulons parler de la reproduction par graine ou par œuf, car l'œuf et la graine ne sont qu'une même chose.

Plus favorable qu'aucun autre à la diffusion des espèces, il est à remarquer que ce mode de reproduction ne commence à apparoître, et d'abord d'une manière confuse, que chez les êtres d'une organisation appréciable déjà ; qu'il se caractérise plus clairement à mesure que la complexité croît; qu'il coexiste avec les autres modes de reproduction, jusqu'à ce que, chez les ctres plus complexes encore, il devienne le seul mode de propagation.

Or une complexité plus grande coïncide toujours et nécessairement avec une plus grande unité; de sorte que si certains êtres inférieurs peuvent être, à différents degrés, considérés comme un assemblage d'individus unis par une foible solidarité, mais du reste complets en soi, possédant en soi tout ce qui constitue essentiellement l'être, et par conséquent toutes les conditions internes de sa vie et de son développement, les êtres d'une nature plus complexe, composés d'éléments divers, de parties, d'organes qui ne subsistent qu'intimement unis en vertu de leurs actions et de leurs réactions réciproques, ces êtres n'offrent, dans leur masse, qu'un tout indivi-

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