‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 175 sur 229 · LIVRE Xlie.— CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE Xlie.— CHAPITRE VI

ridée même de loi s'évanouit, et avec elle Tunité de la Création. Assembla^içe de faits isolés sans aucune liaison nécessaire, elle n'est elle-même qu'un fait contingent, non seulement qtiant à Pacte pur de la Puissance créatrice souverainement libre, mais encore dans l'essence et dans les lois de tous les êtres dont elle se compose. D où il faudroit conclure le néant radical, l'impossibilité absolue de toute science réelle, ou de toute science fondée sur des nécessités secondaires dérivées de certaines nécessités primitives,* conséquemment, qu'entre Dieu et son œuvre, il n'existe qu'un lien arbitraire, étranger à ce qui constitue Tessence, la nature de 1 Être infini : contradiction telle qu'on ne sauroit en imaginer qui lui soit comparable.

Les adversaires des causes finales ainsi comprises nous paroissent donc les rejeter avec grande raison. Mais, de leur côté, ils s'engagent en des difficultés non moins graves. La formation des êtres, suivant eux, ne dépend point d'une cause inbérente à chaque être, nécessairement, immuablement déterminé par cette cause spécifique à être ce qu'il est. Loin de là, des causes fortuites, qui ne sont autres que l'action des milieux, déterminent la structure, laquelle détermine les fonctions. Un être est doué de locomotion, non parce qu'elle est de son essence, mais parce que des causes extérieures ont développé

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en lui des organes de mouvement. Il ne possède pas l'organe de la vue parce que sa nature impliquoit la vision, mais il voit parce que des influences externes, qui pouvoient également se rencontrer, ou ne pas se rencontrer, ont accidentellement produit en lui l'organe de la vue. Pareillement, Torganisation n'est pas coordonnée à Finstinct, mais au contraire l'instinct à l'organisation . En un mot, les natures n'ont rien d'essentiel, elles ne préexistent point au développement, elles en sont le résultat, résultat variable selon la variété des circonstances dans lesquelles le développement s'opère. Né, développé au sein des eaux, un être y devient poisson ; hors des eaux, il seroit devenu reptile, oiseau, quadrupède, enfin ce qu auroit déterminé l'ensemble des causes modificatrices de son évolution.

Ces idées, pour le fonds, ressemblent beaucoup à celles des atomistes anciens, si même elles en diffèrent autrement que par les détails d'application, qu'on a dû essayer de mettre en harmonie avec la science moderne. Les faits toutefois, loin de les justifier, y répugnent complettement. Dans ce qu'ils offrent de certain, ils tendent tous à prouver ce qui, indépendamment de l'expérience, revêt pour l'esprit un caractère de nécessité, la préexistence des formes ou des germes et la persistance des types. Nous croyons l'avoir montré clairement, et nous y

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