LIVRE XII®. — CHAPITRE VI«. 34S
reviendrons encore, lorsque tout-à-llieure nous aurons à traiter des végétaux et des animaux. Ce système, au reste, qui rétablit, il est vrai, la liaison naturelle des phénomènes que détruisoit le précédent, ne choque pas moins, à d'autres égards, l'instinct de l'homme et sa raison, en attribuant, de quelque manière qu'on voile cette conséquence, l'origine de TUnivers et de tout ce qu'il renferme, à une aveugle fatalité. Une fatalité pure, absolue, primitivement exclusive de l'intelligence, n'est pas intelhgible, n'est concevable en aucune façon. Si c'étoit quelque chose, ce seroit la force seule, nue, séparée de tout principe de détermination, inefficace dès-lors, éternellement inactive, stérile ; la force, moins ce sans quoi on ne la sauroit concevoir comme cause, une force impuissante à jamais produire aucun effet, une contradiction radicale, non pas une idée, mais la rigoureuse négation de toute idée.
Ni l'une ni l'autre de ces deux doctrines n'étant admissible, la question reste donc tout entière, appelant une solution qui satisfasse à la fois aux données de Texpérience et aux principes forcément conçus comme nécessaires par l'esprit. L'opiniâtre persévérance avec laquelle on l'a cherchée, en prouveroit d'ailleurs assez l'importance, quand elle ne ressortiroit pas directement avec évidence de la nature même des points discutés.
En effet, Tidée de fin, corrélative à Tidée d'intelligence, ne peut être éliminée de TUnivers, sans que l'idée de Dieu, de l'Être infini, créateur et ordonnateur des choses, ne s'évanouisse au même instant : et qu y substituer, sinon cette fatalité aveugle dont nous parlions tout-à-rheure, qui, loin d'expliquer les phénomènes, les rend plus incompréhensibles, et se résout dans une contradiction absolue?
Mais si la raison refuse invinciblement de descendre au fond de cet abyme ténébreux pour y chercher la base de la science, elle se refuse également à méconnoître, au sein du monde physique, la réelle efficace et l'enchaînement immuable des causes secondes, des causes dérivées de la Cause suprême, par lesquelles s'établit Tunité dans la variété; elle se refuse à ne voir en chaque être que le produit arbitraire d'une volonté qui, en le créant, n*a dépendu que d'elle-même, sans être liée par aucunes conditions résultantes des créations antérieurement accomplies; elle se refuse enfin à admettre que cet être, isolé de tous les autres quant au mode originaire de sa formation, soit l'effet immédiat de l'action d'une puissance en dehors de la Nature et libre de ses lois.
Inconciliables, en des sens divers, avec les conceptions de la pensée pure et les faits d'expérience.