LIVRE Xlie. — CHAPITRE VI
ces doctrines toutefois renferment l'une et Tautre une portion de vérité qui doit être reconnue et maintenue soigneusement, C'est pourquoi elles ont subsisté toutes deux, quoiqu'aucune d'elles n'ait pu obtenir ce plein assentiment de Tesprit humain, après lequel il n'est plus de contestation sérieuse.
Nulle idée de l'être, sans l'idée de l'Etre infini, nécessaire, absolu; nul être fini ou contingent, conditionnel, qui n'ait en lui sa raison et son origine; d'où ridée de Création. Mais l'Etre infini ne peut être conçu qu'intelligent, puisqu'autreraent, d'une part, il ne posséderoit pas la plénitude de l'Etre ou ne seroit pas infini, et que, d'une autre part, l'intelligence dont il n'auroit pas, dans cette hypothèse, le principe en soi, seroit impossible.
Mais si, comme on est forcé de l'admettre, l'Etre infini est intelligent, l'intelligence, unie en lui à la Puissance pour en diriger l'exercice, détermine tous ses actes. Il n'agit donc qu'en vue d'un but, la Création a donc une fin.
La fin de la Création, selon nous, et ceci d'ailleurs se déduiroit immédiatement de ce qui vient d'être dit, la fin de la Création est la reproduction de Dieu même ou de l'Etre infini, sous les conditions du fini, de la limite identique avec la matière, afin que tout ce qui peut être soit. Cette fin générale de la Création comprend toutes les fins particulières.
qui n'en sont que des fonctions diverses harmoniquement liées.
La volonté de créer, volonté libre en Dieu, puisqu'on n'y conçoit aucun motif nécessitant^, cette volonté, disons-nous, étant supposée, l'action créatrice est assujétie à des lois nécessaires, qui ne sont que les lois mêmes de Dieu. Comme il ne peut créer qu'en reproduisant au dehors de lui, sous un autre mode d'existence, quelque chose de ce que renferme son être un, puisqu'il renferme essentiellement tout ce qui peut être, la fin de la Création est évidemment nécessaire en ce sens. Comme aussi les idées, les types des êtres s'enchaînent dans l'intelligence, la forme divine, suivant un ordre fondamentalement invariable qui les ramène à son unité, il existe entre eux des relations nécessaires, dépendantes de cet ordre lequel en dépend à son tour; et dès-lors ces relations d'où résulte l'enchaînement des types, reproduites dans les êtres qui ne sont que ces types réalisés sous les conditions du fmi, déterminent, en vertu d'une nécessité radicale, au sein de l'Univers, parmi ces êtres, le même enchaînement. Comme enfin chaque type, immuable en soi, est la cause spécifique du développement de l'être en tant que déterminé, aucun être ne sauroit se développer sous une forme autre que celle qui constitue le type même
' Voyez 1" part., liv. II, chap. II.