LIVRE XII'.— CHAPITRE VII*. 5S
Ici, évidemment, nous sortons de l'ordre des phénomènes qui sont l'objet direct, spécial de la chimie, et la science si vaste, si compliquée dont les perspectives s'ouvrent maintenant devant nous, se distingue d'elle, dès ses premiers pas, par une méthode inverse. Car la chimie, décomposant les produits de l'organisation, s'efforce de les ramener à leurs éléments primitifs, puisés dans les milieux où se développe Têtre vivant, et modifiés, élaborés par son action propre. La science des êtres organisés, partant au contraire de ces mêmes éléments, les suit dans leurs transformations variées dont elle recherche les causes, les moyens, les lois. Or cette chimie nouvelle, pour la nommer ainsi, a ceci de particulier, qu elle crée elle-même ses appareils, c'est-à-dire, que l'être qui élaborera les produits que l'analyse chimique réduit ensuite à leurs éléments simples, crée les organes à l'aide desquels s'opère cette élaboration, ou se crée lui-même par les énergies inhérentes au germe dans lequel il subsiste virtuellement tout entier.
La première manifestation extérieure du germe, ou le premier degré de son évolution accessible aux observations de la science, est, comme on vient de le voir, la cellule. Mais la cellule est déjà elle-même un produit très-complexe de cette évolution, et sa complexité apparoît non-sculeiiitiit dans les maté-
riaux dont elle se compose, mais encore dans ce qui, contenu en elle et y subsistant à Tétat quelconque qui précède l'effectif développement sous les conditions de l'étendue, devient par ce développement un système d'organes dont les différences intrinsèques se manifestent par celles de leurs fonctions et des résultats de ces fonctions. Ainsi se produisent, avec des modifications innombrables suivant les espèces, tous les genres de corps moléculairement divers que fournit le règne végétal, les matières azotées, carbonatées, hydrogénées, etc., la fibrine végétale, le ligneux, Tamidon, la dextrine, les sucres, les gommes, les résines, les huiles volatiles, les huiles grasses, les cires, les principes colorants, phosphorescents, les pollens. Et comme chacun de ces produits diffère des autres par sa composition intime et ses propriétés, que tous ils sont des partr.es intégrantes du végétal dans lequel et par l'action duquel ils se sont formés, on est forcé de reconnoître en eux des corps spécifiquement aussi divers que le sont les corps inorganisés qui constituent les espèces chimiques ; et de reconnoître encore dans le végétal qui en a, par sa propre énergie, opéré la formation, un tout complexe, une forme dont le développement enferme en soi le développement de ces formes secondaires que son essence implique, qui ne subsistent qu'en elle, qu'elle