LIVRE XII^— CHAPITKE \lï
Ces deux types organiques semblent représenter les deux séries de développement qui ont respectivement pour termes générateurs Tunité et la dualité; séries qui, sous différentes formes, apparoissent dans toute la nature, où elles manifestent les conditions radicales de Texistence créée ou finie, le principe un de l'être, et le principe de limitation ou de divisibilité qu'exprime le nombre deux. Sans, d'ailleurs, jamais perdre leur caractère fondamental, elles se combinent comme les séries correspondantes des sons rhythmés ; d'où la variété de symétrie, qui n'est elle-même, dans les divers ordres de phénomènes, qu'une manifestation des rapports harmoniques. Mais nous n'insisterons point sur ces considérations générales, qui, bien qu'elles ne soient pas à négliger en philosophie, ne se rattachent que de loin aux faits dont la science recherche les causes et les lois immédiates.
Observons toutefois que la connoissance expérimentale la plus complette de l'évolution organogénique, très-curieuse sans doute et très-importante, montreroit l'enchaînement des phénomènes de formation, mais n'apprendroit rien sur les causes premières de cette formation et de sa nature spécifique. Laissant à part les anomalies accidentelles que présente souvent en chaque espèce le développement des individus, qu'elles proviennent soit de causes
St>3 ir PARTIE. — DE L'HOMME.
internes, soit de causes externes, ce qui est au moins le cas le plus fréquent, les faits analogues au premier coup-d'œil qui se produisent constamment dans la même espèce, dépendent d'une cause inhérente au germe même, ou de la forme essentielle qui le constitue. Là seulement se trouve la raison des avortements, des déviations, des agencements divers qu'offrent les feuilles et les parties des fleurs et des fruits, et qui, quels que soient les progrès futurs de l'organogénie, seront toujours, comme parle l'auteur que nous venons de citer, des mystères impénétrables à la science, tant qu'on ne remontera pas à quelque chose d'antérieur au développement et qui le détermine. Mais, par cela même qu'il le détermine radicalement, primitivement, avant toute action des agents extérieurs qui ne peuvent que le modifier en certaines limites, ce principe formel ne peut être conçu que comme immuable, puisque ce qu'il est, il Test par soi-même. Seulement, pour le redire encore, chaque forme immuable s'enchaîne aux autres formes également immuables, suivant des lois telles que, les plus complexes impliquant les plus simples, elles tendent toutes à reproduire, par cette intime et progressive union, Tunité de la forme infinie.
Cependant la forme et son efficace propre ne suffisent pas pour rendre raison du développement
LIVIÎE Xîîe.— CHAPïTRî: V!î®. 509
des êtres organisés. Ce développement n'a lieu que sous l'influence de la vie, dont la chaleur est, dans le monde physique, la manifestation générale. Bien que, hors le temps de la fécondation, la température des végétaux paroisse être sensiblement la même que celle des milieux ambiants, la résistance qu'opposent leurs tissus à l'action de froids intenses qui devroient en opérer la désorganisation, autorise à penser qu'il se produit en eux de la chaleur. La chaleur, toutefois, comme nous l'avons précédemment remarqué, n'étant que le rapport du principe essentiel avec notre mode de sentir, ne doit pas être confondue avec ce principe que l'on a nommé calorique. Sans cesser d'agir suivant sa nature, le calorique peut ne dégager aucune chaleur sensible. Dans la plante comme dans tous les corps, sa fonction est d'unir la forme qui détermine l'être, à la force qui le développe; car la force seule engendre le mouvement, et tout développement organique est le produit de mouvements complexes, ou d'un système déterminé de mouvements harmoniques. C'est pourquoi il seroit très-utile d'étudier plus qu'on 118 semble l'avoir fait jusqu'ici, les lois particulières de la force ou de l'électricité végétale. On ne peut guère douter que chaque plante ne soit une sorte de pile oi^i le fluide se polarise selon ses lois universelles modifiées par les lois spécifiques de la plante,