LIVRE XII«. — CHAPITRE VIII
doivent correspondre certaines conditions physiques générales aussi. Le mouvement spontané, la sensibilité, l'instinct, tels sont les caractères principaux par lesquels l'animal se distingue du végétal, caractères qui, dans ce qu'ils ont d'observable pour nous, se réduisent originairement à la spontanéité. Sous le même rapport, le végétal se distingue du minéral par le genre de mouvement que nous avons appelé automatique, et que tout-à-l'heure nous essaierons de définir nettement.
Tous les mouvements qui se produisent dans les corps inorganisés sont ou mécaniques ou chimiques. Les premiers, soumis complettement aux lois mathématiques ou aux pures lois du nombre, sont indépendants de la nature spécifique des corps ; les seconds en dépendent directement, et aussi (d'une manière, selon nous, seulement plus apparente que les mouvements mécaniques) de Faction des fluides universels ou des énergies inhérentes à Téther, l'électricité, la lumière et le calorique. Les corps inorganiques ont en eux-mêmes une force propre, puisque la force est inséparable de la substance, mais la force en eux est constamment latente : ils n'ont donc pas en soi une cause actuelle du mouvement. Le mouvement doit donc être toujours déterminé en eux par une cause extérieure, et, à cet égard, les mouvements chimiques ne diffèrent au-
cunement des mouvements mécaniques. Après l'action chimique qui le crée, le repos est l'état normal du corps inorganisé, considéré isolément en soi : il est dès-lors tout ce qu'il peut être, tout ce qu'il sera jamais, il ne peut rien acquérir, rien perdre; il subsiste par cela même que rien n'agit sur lui et qu'il n'agit sur rien.
La plante, au contraire, composée de parties diverses et solidaires, qui ne subsistent qu'unies, en exerçant les unes sur les autres une continuelle action, la plante qui se dilate à la fois dans l'espace et le temps, se développe, croît, puis décline et meurt, suivant des périodes que règle sa nature, puisant sans cesse dans les milieux où elle est plongée des matériaux qu'elle s'assimile eu les élaborant; la plante, disons-nous, implique un mouvement^continu, lequel rapporté à sa cause interne, est ce que nous avons appelé mouvement automatique, mouvement lié, d'une part, à la forme spécifique qui lui imprime sa direction, fet, d'une autre part, à l'excitation vitale, c'est-à-dire, à l'action du principe de vie, qui, en unissant la force à la forme, sans laquelle elle manqueroit d'une condition indispensable de son activité actuelle, la stimule par cela même. Ce mouvement peut être comparé à celui qu'engendreroit une pile qui auroit en soi le principe de sa formation et de son renouvellement pen-