LIVRE XIl«. — CHAPIXnE VIII
sa propriété générale physique, par conséquent celle des éléments dont il se compose, ou de la substance nerveuse avant toute détermination de structure, toute formation d'organes spéciaux, est d'être conductrice de la force vivante, ou de la force modifiée selon les lois de la vie animale. C'est pourquoi elle est, chez les animaux, la condition de deux ordres de mouvement; du mouvement d'origine externe, qui aboutit à quelque point de la périphérie de l'animal, et y produit un ébranlement que le nerf transmet au centre, quel qu il soit, de l'organisme, oii, perçu par Têtre, il y produit la sensation; du mouvement d'origine interne, qui, partant du centre de l'organisme où la sensation détermine la volition, qui détermine elle-même les actes spontanés *, aboutit à un ou plusieurs points de la périphérie, pour de là réagir sur le monde extérieur.
Supposé qu'il existe un animal dont l'organisation se réduise à celle d'un simple tissii homogène, correspondant, à cet égard, aux premières productions du règne végétal, il ne seroit, comme cellesci, qu'une agrégation d'individus liés par un foible commencement de solidarité. Que si, d'ailleurs, la sensibilité et la spontanéité sont réellement les ca-
' Ce que nous disons ici des actes spontanés dans leur rapport avec la sensation, s'appliiiue également aux actes dont l'inslinct ou Taction propre de la forme constitutive de l'être, est la cause déterminante immédiate.
384 lie PAr^TîE. — DE L'HOMME.
ractères propres de l'animalité, et que la substance nerveuse soit la condition physique de Tune et de l'autre, il faudra nécessairement admettre qu'elle est un des éléments du tissu homogène dont se compose l'animal supposé. Sur quoi deux questions se présentent :
Qu'est-ce que la substance nerveuse ?
Quelle idée se peut-on faire de la sensibilité et de la spontanéité dansTanimal qu'on vient de définir?
Il ne paroît pas que la science, en son état présent, puisse répondre rien de certain à la première question. La chimie organique n'est pas encore assez avancée, et, de plus, n'agissant que sur les produits morts de l'organisation, elle sera toujours, par ses seuls procédés, impuissante à reconnoître les modifications qui affectent ces mêmes produits vivants, modifications d'où résultent des phénomènes complettement en-dehors de ceux qui sont son objet propre. Nous pensons toutefois qu'il existe des motifs de conjecturer que l'élément chimique auquel doivent être rapportés, comme à l'une de leurs conditions, les phénomènes de mouvement qu'offrent les deux règnes végétal et animal, est l'azote, qui semble, ainsi que nous l'avons dit \ avoir une relation spéciale au fluide de la force. Suivant cette idée, nous le répétons, purement conjecturale, les élé-
' Livre XI, cliap. V.
LÎVUF. Xne. — CS3APÏTRE Vïîl« 385
ments azotés qui constituent primitivement le végétal et y subsistent constamment, seroient, à ce degré de l'organisation, la condition physique des mouvements internes automatiques qui se produisent en lui, comme les mêmes éléments, au degré d'organisation qui caractérise l'animal, seroient également, sous des combinaisons nouvelles, la condition physique des mouvements spontanés qu'implique en lui la vie de relation : de sorte que la substance nerveuse ne seroit pour le fond qu'une combinaison azotée *, élément premier et nécessaire de l'appareil
' On sait à quel point les substances azotées activent la végétation, et quelle part nécessaire elles doivent avoir dans l'alimentation de certaines espèces animales. Toutes, d'ailleurs, respirent de l'azote en respirant de l'oxigène. Il résulteroit d'expériences faites par MM. de Humbolot et Provençal, que les poissons absorbent, dans l'acte de la respiration, de l'azote comme de l'oxigène, et qu'ils meurent si l'air respiré est dépourvu d'azote. Il s'agit sans doute d'une respiration prolongée.
Quant aux fonctions de l'azote dans l'économie animale, il existe en physiologie des faits assez nombreux propres à en fournir des indices, et qu'il seroit peut-être utile de recueillir et de rapprocher. « Lorsqu'Allen et Pepys firent respirer des cochons-d'Inde dans une « atmosphère de quatre parties de gaz hydrogène et une partie de « gaz oxigène, ces animaux ne tardèrent pas à être plongés dans un < état d'assoupissement, et tombèrent dans le sommeil, sans que du « reste aucun symptôme de maladie se manifestât en eux. Dans une « expérience faite à Stockholm par Charles de Wetterstedt, qui « laissa respirer pendant un quart-d'heure un mélange d'une partie « de gaz oxigène et de quatre parties de gaz hydrogène à une fille de € vingt ans atteinte de phthysie pulmonaire, il arriva presque chaque € fois que la malade, jusqu'alors tourmentée par l'insomnie, fut prise « d'envie de dormir, et tomba dans un sommeil paisible, sans que du
TOMB lY. 25
de la force chez les animaux, appareil plus ou moins compliqué, suivant la forme spécifique de chacun d'eux.
Quant à Tidée que l'on se peut faire de la sensibilité et de la spontanéité dans un animal qui se réduiroit à un simple tissu homogène, il faut se souvenir d'abord que ce tissu ne seroit, comme nous l'avons remarqué , qu'une agrégation d'individus semblables liés par un foible commencement de solidarité. Considérons isolément un de ces individus. Si un mouvement externe imprime à sa surface un ébranlement quelconque, cet ébranlement, propagé à l'intérieur par l'élément nerveux conducteur delà force, y éveille aussitôt la sensibilité, qui n'est que la conscience, si obscure qu'elle soit, que l'être a de
« reste aucun changement survînt dans la marche de la maladie. » {BerzéliuSy t. Fil, p. 103.) L'azote respiré agit donc comme cause excitante, puisque son absence produit l'effet contraire. Toutefois il resteroit à prouver que l'assoupissement n'est pas dû à l'action directe de l'hydrogène.
Le sang veineux, suivant Burdach, a beaucoup perdu en oxigène et en azote, tandis qu'il a gagné surtout en carbone. L'azote du sang, absorbé dans le cours de la circulation ai téi ielle comme l'oxigène, a donc comme lui sa fonction propre dans l'économie. Pourquoi cette soudaine suspension de l'activité vitale, sitôt que le sang artériel cesse d'affluer au cerveau? 11 y a très-certainement ici tout autre chose qu'une action mécanique. Ne se passeroit-il point dans cet organe souvei ain quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans le poumon par l'effet de la respiration? et comme le sang veineux est revivifié par sa combinaison avec l'oxigène de l'air, le flrride nerveux, quel qu'il soit, ne seroit-il point revivifié aussi dans l'organe cérébral, par sa combinaison avec l'azote du sang artériel?