LIVRE Xlî^— CHAPlTâîE VIIIO
blage idéal d'abstractions qui s'excluent mutuellement dans Tordre des réalités, pourroit-il servir à fonder théoriquement une science dont le but est de relier les faits d'observation à des causes effectives où l'esprit découvre la raison de leur origine? On conçoit la forme infinie, autant que l'infini peut luimême être conçu ; on conçoit qu'elle renferme toutes les formes possibles, lesquelles à Tétat d'idées pures, subsistent distinctes dans l'entendement divin. Mais cette distinction même, d'oia résulte la diversité des essences, identique à la diversité des types, exclut évidemment l'hypothèse radicalement contradictoire d'un type unique, sans exclure les rapports qui, sous les conditions physiques de leur réalisation dans rUnivers, fient entre eux les types divers, comme, dans l'entendement divin, ils lient les essences, les idées diverses.
Il nous semble donc que les théories zoologiques d'un homme de génie enlevé récemment à la science exigent, pour être admises, qu'on les interprète en ce sens. Préoccupé de l'unité, et comme absorbé dans cette grande et magnifique vue des choses, il paroît quelquefois avoir trop oublié que la variété n'est pas moins réefie, qu'elle est enveloppée dans l'unité même, qui sans cela n'étant que l'identité absolue, éternelle, excluroit, hors d'un premier fait nécessaire, immuable, correspondant à la notion
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indéterminée de l'être rigoureusement simple, toute cause, tout effet, toute pensée et tout phénomène.
Dans ses conceptions dont Lamarck et d'autres avoient préparé les bases, « la terre devient un vaste « laboratoire où se développe continuellement une « succession de nouveaux êtres suivant une marche « progressive et ascendante, s'enchaînant depuis « les infusoires, point de départ de la nature, jus- « qu'aux mammifères et à l'homme, dernier terme « de ses efforts : pensée dont la paléontologie con- « firme tous les jours la sagesse et la profondeur.
« La science met à découvert cette marche pro- « gressive et continue de la vie jalonnée de loin en « loin par des temps d'arrêt, qui semblent être « pour la nature des temps de repos. De sorte que « le règne animal tout entier n'apparoît phis que (( con^îme un seul être qui, en voie de formation, (( s'arrête dans son développement, ici plus tôt, là « plus tard, et détermine ainsi, en chaque temps (( de ses interruptions, les caractères distinctifs des « classes, des familles, des genres et des espèces *.»
Si, reconnoissant l'existence de types essentiels distincts, on se bornoit à établir que ces types, plus complexes à mesure qu'ils s'élèvent, deviennent, dans le progrès continu de la Création, de simples
' Discours prononcé aux obsèques de M. Geoffroy Saint-Hilaire, par M. Serres.
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éléments des formes supérieures qui les impliquent, on pourroit, à ce point de vue que justifie l'observation, considérer le règne animal tout entier comme un seul être, non pas effectif, mais abstrait, image idéale de l'unité du règne conçue isolément en soi. Mais si dans cette image on veut voir l'expression réelle et complette des faits qu'embrasse la science zoologique, on rencontre bientôt des difficultés tellement graves, qu'elles doivent au moins tenir en suspens les esprits mêmes les plus hardis.
En effet, l'hypothèse d'un seul être typique constituant le règne animal, devoit conduire et a conduit de fait à une hypothèse plus générale, selon laquelle l'Univers entier ne seroit non plus qu'un seul être, dont la série des êtres divers, inorganiques et organiques, marqueroit les degrés successifs de développement : ce qui pose à l'origine des choses, antérieurement à tout développement et conséquemment à toute variété, un premier principe absolument simple, sans quoi on retomberoit dans l'idée même qu'on rejette, dans l'idée de types primitifs essentiellement divers. Mais, cette idée étant exclue, nul autre moyen d'expliquer la variété dans le monde physique et d'y concevoir une production quelconque, que par l'action des agents extérieurs ^, c'est-à-dire, que par un
' Discours prononcé aux obsèques de M. Geoffroy Saint-Hilaire par M. Serres.
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paralogisme fondamental. Car ces agents, quelle en est Forîgine, la cause? N'est-ce pas évidemment alléguer la variété même pour rendre raison de la variété ? Joignez à cela ce que nous avons précédemment fait remarquer touchant la diversité des productions dans les mêmes milieux, ou sous Tinfluence des mêmes agents extérieurs, et, sans qu'il soit besoin de recourir à d'autres considérations qui se présenteroient en foule, on sera convaincu, nous le croyons, de l'impossibilité d'admettre l'hypothèse qu'on vient de discuter.
Il ne s'ensuit pas de là toutefois-, qu^il faille abandonner en zoologie le principe d'unité de composition lequel, au contraire, n'est pas moins à maintenir, mais en l'expliquant, que l'idée même d'unité dans l'ensemble des choses. Trop absolu, il cesse d'être vrai. On doit, pour lui conserver sa valeur, le restreindre dans les bornes que tracent les faits mêmes ; c'est-à-dire, qu'écartant l'idée d'identité typique, on doit n'y voir que l'expression des rapports de ressemblance qu'on observe entre les êtres dont se compose le règne animal, reconnoissant d'ailleurs les différences non moins réelles qui subsistent entre ces êtres, différences explicables seulement par des causes intrinsèques, immuables, essentielles, nul autre ordre de causes ne pouvant fournir la raison d'une première différence. Que,