‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 199 sur 229 · LIVRE Xlie. — CHAPITRE VIII*. 39S · texte numérisé non relu

LIVRE Xlie. — CHAPITRE VIII*. 39S

par des termes intermédiaires, on remonte des polypes aux vertébrés, cela se conçoit, puisque tout se lie, tout s'enchaîne dans la Création ; mais que les polypes et les vertébrés offrent le même plan de composition, c'est ce qu'on ne sauroit soutenir sans faire violence au langage même : jamais on ne concevra que leur évolution s'opère suivant une même loi, ni conséquemment qu'ils soient le produit d'une même cause spécifique.

Les arrêts de développement, par lesquels on cherche à établir, de proche en proche, l'identité radicale des espèces, en prouvent au contraire la séparation; ils prouvent la différence essentielle, primitive des causes internes qui, en chacune d'elles, président au développement de l'organisation, puisque, dans les mêmes milieux, ces arrêts se reproduisent constamment les mêmes dans la même espèce, et constamment divers dans les espèces diverses. La plus ou moins grande quantité des matériaux que l'être s'assimile, n'apporte aucun changement aux caractères propres et distinctifs de sa nature ; seulement, si les matériaux abondent, les organes augmentent de volume. Que si quelquefois ils présentent des anomahes accidentelles, elles rentrent dans la classe des déviations reconnues compatibles avec la persistance inaltérable du type *.

^ Il est clair, par exemple, qu'un sixième doigt au pied ou à la

396 ir PAUTIK.— DE L'iiO.^IMB.

Le progrès en vertu duquel on passe d^un type à l'autre, ne s'effectue point en une même direction; il n'est point représenté par de simples degrés, par une suite de termes conjoints. Les classes se distinguent à leur origine par quelque chose de fondamentalement divers. Aucun effort d'esprit ne ramènera jamais au même plan typique les vers et les insectes, les mammifères et les crustacés. L'unité n'est pas là ; elle est, d'une part dans l'enchaînement des formes qui se combinent en s'élevant, et, d'une autre part, dans le rapport des trois appareils universellement nécessaires avec les conditions générales des milieux, quant à la nutrition et à la vie de relation.

Les faits, au reste, confirment pleinement les idées que nous venons d'exposer. L'ichtyologie seule en fournit des preuves aussi nombreuses qu'irrécusables, comme on peut le voir particulièrement dans l'important ouvrage de M. Agassiz sur cette branche si curieuse de la zoologie. On nous saura gré de citer les propres paroles de ce savant paléontologue. « Plus de quinze cents espèces de poissons a fossiles que j^ai appris à connoître, me disent que w les espèces ne passent pas insensiblement des « unes aux autres, mais qu'elles apparoissent et

main, à qucl<iue cause qu'on puisse attribuer ce fait exceptionnel, n'altère aucunement le type radical, le type essentiel de l'homme.

Page 1