‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 3 sur 229 · LIVRE X^ — CHAPITRE 1er, J · texte numérisé non relu

LIVRE X^ — CHAPITRE 1er, J

créatures, foible image de la sienne, n'en est qu'une participation, déterminée dans son étendue et dans sa forme par la nature de chacune d'elles ^

En ce qui touche Fhomme, la Science peut, comme nous l'ayons dit, être définie : le travail de l'intelligence pour arriver par l'observation à la connoissance des faits, et" par la pensée à la conception des lois qui régissent les faits, ou des causes dont les lois ne sont que le mode d'action. L'ensemble des connoissances acquises et des conceptions en harmonie avec ces connoissances certaines, constitue, à chaque point de son développement, l'état de la Science et la Science même concrète. Elle a pour objet tout ce qui est, par conséquent Dieu et F Univers; et comme ITInivers ne sauroit être séparé de Dieu, dans lequel il a son origine, son principe, sa raison, la science de l'Univers ne sauroit être sépa-

* Au fond, la science, bien que progressive, est toute intuitive. Le raisonnement ne découvre aucune vérité nouvelle ; il lie seulement entre elles les vérités antérieurement aperçues , connues ; il les enchaîne et les ordonne par voie de conséquence , au moyen des notions de cause et d'eiîet; voilà tout. Car, lors même ((uon arrive par le raisonnement à la prévision de certains faits, qui, vérifiés expérimentalement, prendront i)lace dans la science; à la connoissance de certaines lois sous lesquelles se rangeront ces faits : d'une part, ces faits se sont rencontrés sur Une route choisie, entre une foule d'autres, en vertu dune primitive vue de l'esprit; et d'une autre part , ces lois ne sont , sous la forme dont les revêt le raisonnement, que l'expression plus nette, plus précise de ce qu'enveloppoit cette vue primitive, de ce qu'avoit pressenti, pour ainsi parler, Finstinct intellectuel.

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rée de la science de Dieu, cause première, essentielle, nécessaire, infinie, car tous ces mots sont synonymes, et sans lequel dès-lors le mot même de cause n'auroit aucun sens, ou n'offriroit qu'un sens contradictoire. Aussi, qu'il le veuille ou non, qu'il le sache ou non, l'esprit, dans ses recherches, partil toujours d'une notion quelconque, plus ou moins explicite, de cette cause nécessaire de laquelle dérivent toutes les autres, ou de la notion de l'Être exempt de toute contingence, qui ne dépend que de soi dans son existence et les conditions de son existence. L'athée même a son Dieu. Son erreur ne consiste pas dans la négation impossible de TLtre éternellement subsistant par soi-même, mais dans la conceptèon qu'il s'en forme.

Ainsi la Science est une : elle descend de Dieu pour remonter vers lui. A l'instant oii se produit la vision de l'Être absolu et de l'être relatif, l'intelligence naît ; car être intelligent, c'est percevoir ce qui est, en avoir conscience, l'énoncer, l'affirmer intérieurement. L'animal perçoit les phénomènes, mais il ne perçoit pas les idées, les causes; il perçoit l'être fini, contingent, il ne perçoit pas l'Etre infini, nécessaire, qu'exprime le Verbe illimité, le Verbe substantiel; il ne peut dès-lors rien énoncer, rien affirmer, puisqu'il ne peut dire est, ou apphquer à quoi que ce soit la notion générale de l'être ; en d'autres termes,

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