HOMME
Le développement du monde physique montre évidemment, dans ses degrés, une fin supérieure au monde physique lui-même, puisqu'il aboutit, de proche en proche, à un être dont la puissance dirige tous les autres à ses propres fins manifestement différentes de celles de l'organisme; car le corps n'est pas l'homme, bien qu'il soit pour lui une condition nécessaire d'existence, et sa vraie vie, qui s'épanouit en de plus hautes régions, est toute intellectuelle et morale. Mais, en ce moment où nous ne considérons que ce qu'il a de commun avec les autres êtres vivants, il ne présente, hors le progrès dont il marque le terme dans l'évolution actuellement accomplie du règne animal, rien de particulier à remarquer en lui, •quant aux lois générales de l'organisation. Il ne nous reste donc, à l'égard de ces lois, qu'à examiner quelques questions jusqu'ici fort
obscures, et dont la solution, qui se fera peut-être désirer long-temps encore, n'intéresse pas moins la philosophie de la science, que la science elle-même circonscrite dans les limites qu'on lui a tracées.
Tout être organisé est-il nécessairement le produit d'un être de même espèce ? ou y a-t-il dans la nature des générations spontanées * ? Les anciens le croyoient, mais sans que leur croyance reposât sur des preuves scientifiquement suffisantes. Aujourd'hui on doute, c'est-à-dire, les opinions se partagent. Quelques-uns pensent qu'il n'est aucun végétal, aucun animal, si simple que puisse être leur organisation, qui ne provienne d'une graine, d'un œuf antérieurement formé dans un individu semblable. Ces graines, ces œufs microscopiques répandus principalement dans l'air, venant à rencontrer un milieu favorable, s'y développent. De là, dans les deux règnes des êtres organisés, ces productions amorphes et comme élémentaires où la vie commence à se manifester; de là les infusoires et, en général, tout ce qui paroît être engendré spontanément. Il seroit aussi difficile, aussi impossible peut-être de démontrer la fausseté de cette hypothèse, que de l'établir directement par des expériences décisives. Car si,
» Generatio spontanea, œquwoca, heterogenea, primltiva : noms divers qui tous expriment la même idée, ou désigaent le même fait hypothétique.