LIVRE XIP.— CHAPITRE 1X«. 41 i
ne s'est pas toujours, dans les sciences naturelles, assez gardé de certaines expressions confuses et vagues, plus propres à égarer Tesprit par de fausses apparences de sens, qu'à éclaircir les questions, souvent très-graves, qu'on entreprenoit de résoudre. On en voit un exemple dans le savant, si justement estimé d'ailleurs, dont nous venons de citer les paroles. Qu'est-ce que la matière organique? On ne l'a jamais définie, que nous sachions. Elle ne se compose point de corps actuellement organisés, puisque c'est par elle qu'on essaie d'expliquer l'organisation. Or, si elle en est, en une mesure quelconque, la cause, la raison, c'est donc quelque chose d'antérieur à elle. Mais quoi? Un assemblage de corpuscules vivants? Si la vie qu'en ce cas on leur attribueroit, n'est pas la vie universelle qui anime indistinctement la Création entière, ces corpuscules seroient des êtres doués précisément de ce qui ne se conçoit que par l'organisation, de ce qui la caractérise rigoureusement, radicalement. Est-ce simplement des matériaux nécessaires à la formation des corps organisés? Ce seront des corps inorganiques, sous ce rapport parfaitement semblables à tous les autres corps du même ordre. Ces matériaux, en effet, ces corps élémentaires phj'siquement nécessaires à la formation des êtres vivants, la science les détermine, elles les connoît, les nomme : ce sont l'hydro-
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gène, Poxigène, Tazote, le carbone, etc., tous corps inorganiques, suivant la stricte acception du mot. Qu'est-ce donc, encore une fois, que la matière organique? Qu'est-ce, disons-nous, sinon une de ces confuses et vagues expressions dont nous regrettions, tout-à-l'heure, qu'on ait embarrassé la science, dans laquelle elles n'ont d'autre effet que d'ajouter aux obscurités qu'elle présente de nouvelles et plus grandes obscurités ?
Revenant à la première question, elle se décide péremptoirement par un seul fait, universel, certain, et que personne non plus ne conteste. Toute espèce, soit végétale, soit animale, a commencé par un individu qui n'a pu provenird'individus semblables. Donc originairement tout naît par voie de génération spontanée. Mais il ne s'ensuit pas que tout se soit produit primitivement sans germe, ce qui forceroit d'admettre la monstrueuse contradiction d'effets déterminés sans causes déterminantes. En effet, la cause déter- Tîiinante ou spécifique d'un être, si elle n'est pas extérieure à lui ou ne se résout pas dans la pure action des milieux, doit contenir virtuellement cet être tout entier, et conséquemment elle est, en ce sens le plus rigoureux à la fois et le plus général que le mot puisse offrir, un vrai germe. Ces germes primitifs, on le sait déjà, ne sont, suivant nous, que les for* mes essentielles à l'état qui précède leur développe-