‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 208 sur 229 · LIVRE XII*. — CHAPITRE IX*. 4iS · texte numérisé non relu

LIVRE XII*. — CHAPITRE IX*. 4iS

ment dans le monde physique. Indéfinies en nombre, c'est d'elles que se compose le fluide lumineux, et la lumière, semence des formes, n'est que la collection même de ces germes unis entr'eux selon les lois générales de la forme, ou les suprêmes lois de l'ordre qui déterminent, au sein de l'Univers, l'enchaînement des êtres. Sous la double influence de l'électricité ou du principe de force, du calorique ou du principe de vie, l'évolution des germes primordiaux de ces êtres s'opère spontanément, dès que les conditions physiques de leur réalisation ont été réalisées elles-mêmes. A cet égard, nulle distinction entre les êtres inorganiques et les êtres organisés. Mais Avec ceux-ci apparoît un autre mode de génération, qui, bien qu'il se résolve radicalement dans le premier, bien qu'il n'en soit en réalité que l'extension, la continuation, se complique néanmoins de certaines circonstances qui le particularisent assez pour qu'il paroisse en différer profondément.

Sitôt, en effet, qu'un germe s'anime ou qu'un ^tre commence, un double travail s'opère en lui; premièrement, le travail de formation, en général proportionnel dans sa durée à la complexité de l'être; secondement, le travail de réparation; et en tant que l'un et l'autre dépendent de l'action de la forme, au même degré ils dépendent de la nutrition. Mais il y a dans l'être deux choses, l'individu et

414 lie PARTI?:.— BE L'noy.îME.

Tespèce; eu d'autres termes, l'espèce subsiste immuablement une comme son type, sous le mode nécessaire de la multiplicité individuelle ^ Il faut donc que le moyen général de la conservation des individus, soit aussi le moyen général de la conservatioa de Tespèce, ou de la. multiplication successive des individus. Or, le moyen général de la conservation des individus est la nutrition,- le moyen de leur multiplication sera donc aussi la nutrition, dont le terme relatif à Tespèce, se caractérisant par la reproduction, enferme l'idée de génération et implique en effet une génération véritable.

Cette génération, pour ainsi parler fonctionnelle, ne diffère de celle du premier individu de chaque espèce, qu'en un point. Pour que la forme constitutive de cet individu, le germe qui le contenoit virtuellement se développât, il falloit que, par une suite du développement antérieur de germes moins complexes, un milieu se rencontrât, où fussent préparées les conditions de son existence. Une fois développé, Tindividu crée lui-même, en une certaine mesure et par l'effet même de son développement, ce milieu nécessaire à l'évolution du germe primitif, de la forme essentielle ; et c'est la création de ce milieu qui caractérise spécialement la génération fonctionnelle.

' Voyez chap. V.

LlVnE X!!'.— CHAPITRE IXe. 41o

A l'égard des êtres plus ou moins simples qui ouvrent les séries végétales et animales, on conçoit que les conditions également simples des milieux qu'ils se créent eux-mêmes, diffèrent assez peu de celles des milieux extérieurs, pour que les germes primitifs partout répandus avec la lumière, se puissent spontanément développer en ceux-ci, sous certaines influences générales de chaleur, d'électricité, d'humidité, etc. Mais il n'en est pas ainsi à l'égard des êtres plus compliqués, et, par exemple, des animaux des ordres supérieurs. Nous ne concevons le développement initial de ceux-ci que dans les milieux créés par les individus eux-mêmes, et conséquemment nous ne concevons en aucune façon le développement du premier individu originairement nécessaire pour la production de l'espèce. C'est là, dans l'état présent de la science, le plus grand mystère qu'elle renferme. D'où viennent les animaux les plus rapprochés de l'homme, et l'homme même? Comment ont-ils été primitivement formés?

A cette question Ton n'a jusqu'ici fait que deux réponses, l'une en dehors du problème, et qui dèslors ne le résout pas, l'autre fondée sur une vue des choses, de leurs principes premiers et de leurs lois, à notre avis inadmissible.

On ne sauroit, en effet, accepter comme une solution la réponse de ceux qui attribuent à l'action im-

médiate de Dieu la primitive formation de chaque espèce. C'est aux causes demandées, aux causes naturelles, particulières, déterminées, substituer la €ause infinie qui renferme toutes les autres, et rendre raison d'un fait spécial par ce qui rend également raison des faits les plus hétérogènes, de tout ce qui ^st enfin, sans aucune distinction, puisqu'il n'est rien qui ne dépende de la Cause suprême, de la €ause une et absolue. Avant que la science fût née, on ne pouvoit faire à quoi que ce soit une autre réponse, et c'est encore et ce sera toujours la réponse instinctive de Tenfant. Aussi, dans leur native ignorance, les hommes Tappliquèrent-ils à l'universalité -des effets, rapportant à Dieu toutes les origines, 'Celle des êtres, celle des phénomènes, des inventions utiles, des métiers, des arts, du langage même Bt de la société.

Mais s'il est vrai que Dieu soit fauteur des choses, qu'il les ait toutes créées, il est vrai aussi qu'il ne crée que selon des lois, qui sont les lois naturelles des êtres; qu'instruments de son action, il opère par 43UX ce qu'il a dessein d'opérer, ce qui a sa place nécessaire dans le plan éternel de son œuvre, parce que doués, suivant la fonction que leur essence les destine à rempHr, d'une activité propre, cette activité n'est en chacun d'eux que la spécification, relative à certains effets prévus et voulus, de la puis-

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