LIVRE X®. — CHAPITRE II
r Univers; car une vraie classification n'est nullement arbitraire, plus ou moins parfaite selon l'exactitude et l'étendue de la connoissance des faits qui en sont la base, et de celle des lois de ces faits conçus dans leurs causes générales et spéciales.
Des temps où notre globe n'étoit encore qu'une masse gazeuse, jusqu'à ceux où l'action continue des énergies physiques et chimiques ayant peu à peu opéré la condensation de ces gaz diffus, sa surface se couvre d'une innombrable variété d'êtres végétants et vivants, qui paroissent, disparoissent, se succédant les uns aux autres suivant un ordre de perfection successivement croissante : quelle immensurable distance î Quelle prodigue effusion des richesses cachées dans les profondeurs infinies de l'Etre un, qui renferme en soi le principe à jamais inépuisable de tant de merveilles! Et encore que découvrons-nous, que connoissons-nous de ses œuvres? Un seul point presqu'indiscernable dans leur immensité.
Dernière production de la Puissance créatrice sur notre terre, l'homme vient enfin les résumer et les dominer toutes. Comme être organisé, il appartient à la série zoologique dont il forme le terme extrême : même origine, mêmes lois, mêmes conditions de vie, aux différences près qui résultent de sa nature propre plus parfaite. Mais si, dans
cette sphère, il ne se dislingue des êtres inférieurs que par de simples modifications, il s'en sépare par quelque chose de radicalement divers, l'intelligence et la liberté, qui, dans une autre sphère, ouvrent devant lui les voies d'un progrès sans limites.
Immuable au fonds, puisqu'elle n'est que l'expression des choses, ou les choses mêmes vues par l'esprit qui les enchaîne et les ordonne selon leur dépendance mutuelle, au moyen des notions de cause et d'effet, la Science devient celle de Thomme ou de ses relations avec l'Univers et son Auteur ; car, à l'égard de toute créature, elle ne sauroit être que la connoissance qu'elle a de soi et de ce qui, extérieur à elle, est avec elle en des rapports successivement perçus plus nettement et plus complettement.
En effet, des rapports de l'homme avec le monde matériel ou phénoménal, qui n'a d'existence que dans l'espace et le temps, naissent la cosmologie astronomique et géologique, la géographie, la chronologie, les sciences physiques, chimiques et physiologiques.
De ses rapports avec le monde spirituel des essences, des causes premières et nécessaires, naissent la théologie, la métaphysique pure, les sciences logiques et celles du langage, en ce qu'il a d'universel et de permanent.
De la combinaison des lois physiques, chimiques.