‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 211 sur 229 · LIVRE Xir.— CHAPITRE IXe · texte numérisé non relu

LIVRE Xir.— CHAPITRE IXe

en remontant de proche en proche la chaîne des êtres toujours plus simples, aboutit à l'identité primitive, absolue, exclusive dès -lors de toute cause possible de déterminations différentes ou de variété. Si rien, d'ailleurs, n'est plus commun qu'une espèce modifiée, en quelques-uns de ses caractères superficiels, par Tinfluence d'agents extérieurs, modification qui n'altère aucunement Fessence du type, on ne citeroit pas un seul exemple décisif et clair de la transformation supposée, Texemple d'une espèce réelle devenue une autre espèce, d'un animal provenu d'un autre animal spécifiquement divers, et il y a même ceci de remarquable, que, dans le mélange quelquefois fécond des espèces très-voisines, le produit constamment stérile, en ce sens du moins qu'il s'éteint toujours après une première ou tout au plus une seconde génération % descend au lieu de s'élever, offrant quelque chose d'intermédiaire entre le type inférieur et le type supérieur des deux individus qui ont concouru à sa production : de sorte que ce genre de croisements, dont les résultats n'ont aucune persistance, n'auroit, fussent-ils durables, d'autre effet que d'abaisser les types, loin d'être un moyen de réaliser, dans le développement du type unique^ un plus haut degré de perfection.

^ En accordant ceci, pour couper court à toute chicane, nouî allons au-delà des faits constatés.

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A[):cs les solutions qu'on a essayé d'en donner, le problème reste donc aussi obscur qu'auparavant. Et c'est que sa vraie solution, dans Tordre phénoménal, dépend, selon toute probabilité, de la connoissance de quelques faits peut-être très-simples et jusqu'ici inconnus de nous, parce que, ne se manifestant qu'à certaines époques organiques, pour les nommer ainsi, alors qu'il s'opère dans la nature préparée à des formations nouvelles, un secret travail de génération spontanée, les conditions physiques, chimiques, physiologiques de cette génération première ne peuvent tomber sous l'observation des êtres qui en sont le produit, et spécialement sous celle de l'homme, le dernier venu de ces êtres. Il sait, cependant, il sait avec une complette certitude, qu'il a dû naître originairement suivant les lois conçues par sa raison comme nécessaires, et vérifiées par l'expérience, aussi loin que la sienne a pu s'étendre dans le monde des phénomènes. Ce qu'il aspire à connoître de plus, s'il doit se résoudre à l'ignorer long-temps encore, toujours peut-être dans son état présent, ce n'est qu'une conséquence de son mode même de connoissance, progressif comme lui, comme l'Univers, qui ne livrera jamais le secret entier de son être, qu il'n'a pas en soi, qui n'est que le secret impénétrable, dans sa profondeur infinie, de l'Etre de Dieu.

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