LIVRE Xîl®.— CHAPÎTUE IXe
A la question de Toriglne des êtres orgaiiisés, se lie une autre question qui, dans ses rapports particuliers à rhomme, a surtout attiré l'attention.
Chaque espèce a-t-elle commencé par un seul individu ou par un seul couple, de manière que tous les autres individus ou tous les autres couples soient provenus du premier par la voie ordinaire de génération fonctionnelle?
En se prononçant pour l'afTirmative, ce qu'on ne peut faire, avec quelque apparence de raison, qu'en attribuant à l'action immédiate de Dieu Torigine des espèces, on est de nouveau contraint de supposer un changement radical dans les lois suivant lesquelles les êtres plus simples ont été produits. Car pour s'arrêter à ce degré, on ne dira sûrement pas que Dieu a créé immédiatement la première molécule de chaque corps inorganique déterminé, laquelle a servi de noyau à toutes les autres molécules qui se sont ensuite formées et groupées autour de ce noyau, en vertu des lois naturelles V
Il n'est pas moins difficile de s'imaginer que, par
t II est à remarquer que, selon cette manière de concevoir l'origine des êtres, toute combinaison chimique impliqueroit, à son commencement, l'intervention immédiate de Dieu, un exercice direct de sa puissance, seule cause possible de la formation d'un corps nouveau spécifiquement déterminé : ce qui n'aboutit à rien moins qu'à la négation de toutes les causes naturelles, négation qui renferme logiquement celle de la réalité de la Création.
son action immédiate, Dieu ait créé, sur la surface entière du globe, une seule conferve, mère de toutes les autres, un seul lichen, une seule mousse, une seule fougère, une seule graminée, et, dans le règne animal, une seule infusoire de chaque espèce, une seule monade, une seule éponge, une seule méduse, que la génération fonctionnelle auroit ensuite multipliée indéfiniment. S'il a, au contraire, créé à la fois un certain nombre plus ou moins grand de chacun de ces êtres divers, pourquoi n'auroit-il pas également créé à la fois un certain nombre plus ou moins grand de chacun des êtres supérieurs ?
Du reste, que, dans l'hypothèse de Faction divine immédiate, on admette, pour tous les ordres et toutes les espèces d'êtres organisés, soit la création primordiale d'un seul individu, soit une création multiple, outre le changement, qu'à partir d'une époque et d'un point quelconque, il faut admettre aussi dans les lois générales de TUnivers et de son développement, on est forcé de concevoir des créations spéciales, déterminées, en chaque lieu divers, par les circonstances variables de climat, et des créations temporaires successivement accommodées aux milieux changeants? Est-ce ainsi que Dieu agit? Reconnoît-on là l'unité de ses voies, qui a sa raison dans l'unité de son Être, que, sous les conditions du fini, doit reproduire la Création ?