LIVRE Xlie.— CHAPITRE IX
Dès qu'on veut faire intervenir directement la Puissance infinie dans l'évolution progressive des choses, on rencontre à chaque pas des abymes *, Au contraire, demeure-t-on fidèle à la méthode scientifique, qui aux faits naturels cherche seulement des causes naturelles, si la connoissance trouve des bornes qu'il faut savoir franchement reconnoître en s'efForçant de les reculer, aucunes contradictions ne viennent du moins jamais en ébranler les bases.
Des idées théoriques exposées précédemment et justifiées, ce semble, par l'observation en ce qu'elle offre d'incontestable, il résulte, au sujet de la ques-
^ Supposé que Dieu crée immédiatement un être quel qu'il soit, l'homme par exemple, qu'il le crée en dehors de tout enchaînement naturel des causes physiques et physiologiques, il faudra qu'il crée immédiatement aussi tous les éléments de l'organisme humain, et qu'il les crée selon l'ordre de liaison et de dépendance nécessaire qui fait de l'existence antérieure des uns, l'indispensable condition de l'existence des autres. Et comme, à partir de l'homme actuellement accompli, on arrive, en remontant toujours, jusqu'aux éléments les plus simples, c'est-à-dire, aux premiers éléments de tous les êtres sans exception, on se retrouve forcément au point initial de l'évolution universelle. D'où il suit que l'hypothèse d'une création quelconque partielle, implique celle de la création totale, réduite seulement à des proportions moindres à l'égard du temps et de l'espace ; qu'ainsi, d'une part, elle n'aide à résoudre aucune difficulté particulière, et que, d'une autre part, l'unique conclusion qu'on en puisse tirer, c'est qu'à tous ses degrés la Création est l'œuvre immédiate de Dieu, agissant seul sans l'intermédiaire d'aucune cause naturelle : d'où cette autre conclusion, que, hors de lui, il n'existe aucune cause réelle, aucun principe d'activité, aucun être dès-lors, puisque l'activité est de l'essence de tout être.
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tion qui nous occupe, que toute production «retres nouveaux est indéfiniment multiple, puisque les milieux nécessaires au développement de certains germes rtant formés, ces germes partout répandus avec la lumière qui les contient, éclosent aussi partout oii se trouvent réunies les conditions physiques de leur évolution. Dans les limites, étroites par rapport à ses conditions, oii les milieux varient, l'évolution Yarie également, c'est-à-dire que le type immuablement, essentiellement un, modifié par eux, présente les différences peu profondes qui constituent les variétés dans les mêmes espèces, et l'homme n'y fait point exception. Soumis aux mêmes lois que les autres êtres, il a dû comme eux être produit sous la condition delà multiplicité et de la variété, de la multiplicité primitive des individus, et do h variété relative à celle des milieux dans lesquels ils se sont originairement développés; d'où les raccj diverses, qu'autrement on n'auroit aucun moyen possible, ou au moins suffisant, d'exphquer. Car ces races, toujours distinguées par les mêmes caractères constants que perpétue la génération fonctionnelle, remonte au-delà des plus anciennes époques historiques, sans avoir jamais éprouvé de changement que par leur mélange. La seule différence des langues, dès la plus haute antiquité diverses entre elles, diverses par les racines des mots.
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par le mode de leur enchaînement lié à des formes de la pensée, à des procédés de l'esprit également divers, siiffîroit pour prouver plusieurs centres d'origine. Mais cette variété de races n'altère nullement l'unité essentielle du type. L'homme est un, rigoureusement un, et en vertu de leur commune nature, les hommes ne sont pas moins frères, qu'ils ne le seroient par le lien de la génération charnelle. Qu'est-ce, d'ailleurs, que ce lien, sitôt qu'on s'éloigne de la tige première? Est-ce par lui que sont unies les nations lointaines, et même, en chaque nation, les familles prises en m.asse? Leur véritable lien, n'est-ce pas le sentiment d'une parenté toute spirituelle, la reconnoissance d'une même loi, et la conscience des mêmes devoirs dérivés d'une même nature? Les principes delà science, ses principes certains, expression absolue des faits dont ils représentent les causes, n'altèrent donc aucunement les principes sacrés sur lesquels se fonde la société humaine et la morale universelle. Ils subsistent ensemble, comme toutes les vérités subsistent ensemble dans leur éternelle union et leur force éternelle. On doit même observer que, par une suite de la tendance, visible partout dans la Création, à une plus parfaite unité, les différences de races s'atténuent peu-à-peu ; que le mélange de ces races diverses opère entr'elles une fusion lente, il
est Yrai; mais continue, dont le dernier terme, caché pour nous au fond de Tavenir mystérieux, marquera, dans cet ordre de développement inséparable des autres, l'accomplissement des destinées terrestres du genre humain.