‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 219 sur 229 · LIVRE XII*— CHAPITRE Xe · texte numérisé non relu

LIVRE XII*— CHAPITRE Xe

vaux, qu'on ne sauroit d'ailleurs assez louer, que de choses ignorées en physiologie ! Que d'incertitudes, que de lacunes ! Quelles épaisses ténèbres répandues sur l'origine, la nature, le mode des actions organiques si multipliées, si diverses, hées par des rapports si nombreux, d'où résultent des modifications également nombreuses î Et quand elles viennent à se comphquer de toutes les perturbations qu'y apportent les causes anormales, et des réactions qu'elles provoquent, réactions qui s'engendrent incessamment l'une l'autre, comment, dans l'état de nos connoissances, se flatter d'unir tous ces éléments ^, de les ordonner en un corps de science solide et complette ? On ne doit donc pas s'étonner de la multitude des systèmes qu'on a vu tour à tour paroître et s'évanouir, sans presque laisser de traces, ni de la défiance que d'ordinaire ils inspirent tout d'abord.

En ce qu'elle a de plus certain, la médecine pratique ou l'art de guérir, fondée principalement sur la simple expérience, sur des observations maintes fois renouvelées, est à peu près tout empirique. Presque toujours les causes lui échappent soit en elles-mêmes, soit dans leur mode intime d'action.

* La physiologie, la pathologie, la thérapeutique, dépendent en outre, à différents égards, de la i)hysique et de la chimie, et par conséquent se modifient suivant les changements que, dans leur progrès, éprouvent elles-mêmes ces sciences.

Elle ne connoît pas davantage et, s'il est possible, moins encore de quelle manière agissent ses remèdes même les plus puissants, qu'aussi elle n'a point découverts, dont le premier usage a été dû aux suggestions de Vinstinct, si Ton ne préfère Texpliquer parle hasard qui n'explique rien. Quelles relations, en effet, pour se borner à ce seul exemple, la science conçoit-elle entre la cause, quelle qu'elle soit, d'un trouble périodique de la circulation et Técorce qui, ingérée dans l'estomac, arrête ce trouble, ainsi que d'autres désordres organiques qu'affecte également le caractère de périodicité?

Jusqu'à présent nous n'avons parlé que des causes physiques de maladie; mais, en ce qui touche l'homme, ce ne sont ni les seules, ni même celles qui, en général, abrègent le plus, chez tous les peuples, sous tous les climats, la durée moyenne de la vie. Le désordre moral recèle en soi un germe de mort, non de la mort naturelle que Tâge amène inévitablement, mais de la mort prématurée qui moissonne l'immense majorité de la race humaine. Peu d'individus qui meurent de vieillesse, peu qui, soit par la volontaire violation de leurs lois, soit par une suite de certaines prédispositions d'origine semblable communiquées par la génération, n'aient à subir de nombreuses souffrances que termine une fin plus ou moins hâtive. Mais^ en dehors même de

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