‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 224 sur 229 · LIVRE Xlie. — CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE Xlie. — CHAPITRE XV

TEtrv? absolu, ne possédant rien qui n'appartienne primitivement à cet Etre, lequel sans cela ne seroit pas absolu, ne seroit point FEtre conçu selon tous ce que renferme son idée, Fliomme, disons-nous, n'est, quant à sa substance et aux propriétés de sa substance, que la substance et les propriétés essentielles de cet Etre indivisiblement un, affectées d'une certaine limitation spécifique. Connoîlre l'homme, c'est donc connoître ce que sont en lui la force, la forme, la vie, causes universelles, dans les lois desquelles se résolvent toutes les lois possibles.

Mais, à raison du rang qu'il occupe dans la Création, ou de sa nature supérieure, les lois de l'organisme cessant d'être les seules lois de l'homme^ les lois de la force deviennent en lui les lois de la Yolonté, celles de la forme et de la vie ou du principe d'union, les lois de l'intelligence et de l'amour, c'est-à-dire, sauf les conditions du fini inhérentes à tout ce qui n'a pas en soi le principe de son être, les lois mêmes de Dieu, telles qu'on les conçoit dans son immuable unité, indépendamment de toute relation à son œuvre contingente.

Cependant, si les lois de la volonté, de l'intelligence et de l'amour, absolues en elles-mêmes, exigent, pour être connues, qu'on s'élève au-dessus de l'organisme, elles ont avec les lois de celui-ci d'in-

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tixnes liaisons qui constituent le mode de leur manifestation dans chaque être intelligent créé. Ces deux ordres de lois doivent donc être étudiées ensemble, et c'est aussi ce que nous avons fait, établissant sur cette double base nécessaire la science de l'homme considéré selon tout ce qu'enferme son essence.

Mais il ne suffit pas d'avoir étudié l'homme abstrait dans la constitution radicale de son être, dans les lois générales de ses facultés. A cet égard, le voilà tel qu'il peut et doit être; en possession de tout ce que sa nature implique, il existe, il vit, et, par cela même qu'il vit, il agit ; il agit comme être organique et comme être intelligent et moral. Nous avons donc encore à Tétudier dans Tapplication de son activité aux objets divers avec lesquels il est en rapport. Or, en rapport direct avec l'Univers par ses sens, il est en rapport également direct avec Dieu par son intelligence et par son amour ; ces deux ordres de rapports s'unissant d'ailleurs inséparablement en lui, comme, étant donnée la Création, Dieu et l'Univers sont inséparablement unis.

Envisagée dans l'individu et en-dehors des lois qui lient les hommes entr'eux au sein de la société, ou des lois de la société même, l'activité humaine se classe tout entière sous trois chefs : F Industrie dont le terme est l'Utile, l'Art dont le terme est le Beau, la Science dont le terme est le Vrai.

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L'Industrie, TArt, la Science, quoique très- distincts par leur objet, participent néanmoins à l'unité de riiomme même, se supposent, s'aident l'un Tautre, et, bien que marquant en lui des phases diverses et progressives d'évolution , ne sauroient être radicalement séparées en aucune manière.

Nous appelons Industrie l'ensemble des actes dont le but est la conservation et le développement du pur organisme. Elle a son origine dans l'instinct ou dans l'impulsion de la nature, qui porte irrésistiblement chaque être à l'accomplissement des actes nécessaires à l'entretien de sa vie ^ Les premiers de ces actes, chez l'enfant, sont la respiration, indispensable dès qu'il cesse de vivre de la vie de la mère, et la succion que, malgré son mécanisme compliqué, il opère de lui-même, sitôt qu'elle l'approche de son sein. A mesure qu'il grandit, que sa force s'accroît, que ses sens se développent, que ses organes pleinement formés se prêtent à l'action qui leur est propre, il les applique spontanément à la satisfaction de ses besoins. L'expérience et la réflexion venant ensuite se surajouter à l'instinct, en élargissent la sphère, que, plus tard encore, la

> De là les industries des animaux, comme on les appelle, industries si variées et si merveilleuses par l'admirable appropriation, suivant les espèces, des moyens à la fin.

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science acquise dilate indéfiniment. A l'aide des secours progressivement plus efficaces et plus nombreux qu'il reçoit d'elle, l'homme étend chaque jour sa puissance^ se fait des instruments de tous les êtres inférieurs, dirigeant à ses fins les forces mêmes de la nature, les fluides divers^ et jusqu'aux énergies générales et primordiales qui meuvent les mondes et les animent. Le terme dernier de cette évolution, s'il étoit possible de l'atteindre^ seroit le plein assujétissement de la nature à l'homme, qui, disposant d'elle comme il dispose de son propre organismc; et autant que le permettent les lois universelles, l'ordonnant par rapport à soi; deviendroit, au point de vue de TUtile, le point central de la Création, magnifique conquête de son industrie.

RéaHser, au point de vue du Beau, l'idée typique de cette même Création, tel est l'objet de l'Art. Il incarne dans son œuvre le modèle invisible. Il manifeste aux sens, il exprime par les moyens divers que lui fournissent les corps, le bois, la pierre, les métaux, l'argile, par les couleurs, les mouvements, les sons, le langage rhythmé ; il exprime, disonsnous, par le concours de tous ces moyens, les conceptions de l'esprit et les sentiments qui s'y joignent; reproduction de TUnivers dans sa splendide beauté, sa vie puissante et son ineffable harmonie.

Mais le Beau n'est que le Vrai revêtu d'une forme

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