LIVRE Xïie. ^ CHAPITRE XI
institutions, n'est-ce pas, quant au fonds des choses, à leurs causes réelles, toute l'histoire de l'humanité? Les biens dont elle a joui, les maux qu'elle a soufferts, en aucun lieu, en aucun temps, eurent-ils jamais d'autre source? Non-seulement les doctrines engendrent les législations et les mœurs, mais ce sont elles encore qui creusent le lit où les passions coulent, qui déterminent le caractère particulier de leurs effets. Ainsi du dogme juif, tel que Moïse l'inculque à son peuple, sortent des guerres d'extermination. De nos jours, le matériaUsme, caché sous le voile d'un christianisme hypocrite, pousse incessamment un peuple dévoré de la soif de l'or, à des guerres de rapine. Les profonds mouvements qui agitent les nations à certaines époques, les révolutions que les siècles opèrent dans les croyances, et qui, lentement mûries, éclatent tout à coup par une rupture violente avec le passé, quelle en est la raison, si ce n'est le besoin vivement senti de réaliser une conception plus vraie des lois divines, du droit et du devoir, et par elle un ordre social meilleur ? Nous sommes, qui pourroit en douter, à l'une de ces époques où tout change dans le monde, tout se transforme, sous rinfluence des causes immuables qui président à l'évolution de Thumanité perpétuellement progressive. L'intérêt qu'inspirent par ellesmêmes les importantes questions que nous allons
traiter, s'accroît donc encore de cette circonstance, qu'en elles se résument toutes celles qui, dans la société présente, occupent les esprits éclairés, toutes celles qui sourdement fermentent au sein des masses, toutes celles que suscite aujourd'hui, d'un bout de la terre à l'autre, le pressant instinct de la vie : car deux grandes questions sont partout posées, la question religieuse, la question sociale, sous sa triple forme politique, civile, économique. L'avenir résoudra ces immenses problèmes, dans la mesure où les conditions du développement terrestre de l'homme permettent qu'ils soient résolus pour lui. Quant à nous, si nous parvenons à y répandre quelque nouvelle lumière, si foible qu'elle soit, nous croirons avoir accompli notre tâche personnelle.